Cet article a été consulté 3 368 fois

Le Geek, nouvel idiot utile du capitalisme

Il acquiert son savoir sur Wikipedia, collectionne les achats sur eBay et attend fébrilement la suite de sa série HBO ou Netflix. Le geek est la nouvelle norme à l’heure du numérique, devenant majoritaire au sein des jeunes générations. Son comportement accentue sa soumission au capitalisme contemporain, dans un rôle bien utile à la classe dominante.

Par Benoit Delrue. Lien court : http://wp.me/p6haRE-oL

 

2 200 mots environ. Temps de lecture estimé : 10 minutes. HorlA2

 

Le geek est un animal étrange. Désignant originellement les férus d’informatique, son spectre s’est élargi à mesure que les nolife et autres nerds sont apparus. Il inclut désormais tous ceux qui se passionnent pour les objets connectés, les jeux vidéo, les séries ou encore pour les développements récents et à venir du progrès technologique. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les geeks soient de plus en plus nombreux, devenant même majoritaire chez les plus jeunes générations – les adolescents d’aujourd’hui étant nés avec Internet.

Est désormais geek tout individu connecté, investi sur les réseaux sociaux, connaisseur des univers fantastiques, et à jour dans son visionnage des séries à la mode. Mais la fonction véritable du phénomène ne s’arrête pas là. Le geek est avant tout un fan, et en ce sens, se fait peu critique des normes dominantes, il est vrai plus facile à relayer qu’à contredire. Oscillant entre la béatitude devant les dernières « merveilles » et l’arrogance envers ceux qu’il juge ignorants, le geek est sûr de son intelligence. Un peu trop, même ; car cette nouvelle norme est, nous le verrons, bien moins vive qu’elle n’y paraît.

Consommateur avant tout

Comment le geek se définit-il ? Sans grande originalité, par ce qu’il possède. Matériellement bien sûr, quand il s’agit de son ordinateur, de son smartphone, des œuvres sous support physique (bandes-originales en CD, films et séries en DVD et Blu-ray) et de toute collection. Immatériellement aussi, en particulier ses connaissances sur les techniques, les produits, les univers fictifs dont il raffole.

Sa grande consommation de fictions, sous forme de livres, de films, de séries ou d’animés, est ce qui le distingue en premier lieu. Croyant disposer en la matière d’une expertise supérieure, il formule ses avis critiques et les diffuse sur les réseaux sociaux, sur les forums, dans les commentaires des sites spécialisés ou généralistes. Cette seconde distinction le rend, à ses yeux, acteur de l’Histoire, en vertu de la diffusion de son point de vue sur le réseau mondial – alors que le geek est avant tout un spectateur.

Généralement bon public, en dépit des critiques négatives qu’il ne manquera pas de rappeler, le geek se fait souvent le publicitaire des produits dont il est friand. Il en va ainsi des objets, smartphones en tête, comme des œuvres fictives. Au fait des derniers développements marketing de ses firmes favorites, le geek est un puissant vecteur de communication pour le compte des grandes marques – aussi diverses qu’Apple, Netflix ou Marvel. L’annonce et la promotion des derniers produits sont organisées, inconsciemment, par le fan lui-même qui n’hésite pas à partager, avec émerveillement, les dernières nouvelles publicitaires et les bandes-annonces.

Cette fonction de publicitaire inconscient constitue la troisième et plus importante caractéristique du rôle endossé par le geek. Ce dernier, qui tangue entre attentisme pré-commercialisation et impatience exaltée, est devenu le meilleur moyen de promotion à la disposition des grandes entreprises, dont les propriétaires capitalistes se frottent les mains.

Bien renseigné sur les pratiques des grandes firmes de l’industrie numérique, le geek n’ignore pas qu’Apple emploie des enfants par le biais de filiales et sous-traitants, ni qu’Amazon se soustrait aux impôts français par un ingénieux montage financier. Notre sujet n’est pas naïf ; mais, faisant preuve d’un cynisme à toute épreuve, il place l’exploitation dont se rendent coupables ses marques préférées à l’arrière-plan du plaisir personnel qu’il éprouve en jouissant du dernier objet connecté ou du service de livraison ultra-rapide. N’hésitant pas à faire preuve de mauvaise foi, devant ses interlocuteurs et à lui-même, le geek renvoie souvent les pratiques néfastes – pour l’environnement ou la dignité humaine – aux seuls concurrents de ses entreprises préférées. Il adore, ainsi, exhiber les pailles qu’il prétend enlever des yeux des autres, et reste inconscient de la poutre qu’il a dans le sien. La vénération des marques n’a jamais été aussi fortes qu’avec la communauté geek, et dans ce concours de fanboys, rares sont ceux qui usent du recul critique nécessaire.

Le ton du mépris

C’est d’Internet que le geek tire l’essentiel de son savoir. Ses sources d’information sont diverses, depuis les partages sur les réseaux sociaux aux blogs les plus spécialisés, en passant par des sites comme le Huffington Post et Vice. Cette diversité en trompe-l’œil forme, au final, un spectre idéologique resserré autour des idées dominantes de notre société. Wikipedia et Google, qui restituent toujours l’opinion majoritaire et attendue, en sont les meilleurs exemples. Ils permettent de composer un point de vue empirique, fondé sur l’observation élémentaire de ce qu’il y a de plus visible, affranchi de toute cohérence rigoureuse. La connaissance qu’a le geek de l’Histoire, par exemple, est précisément celle qui est diffusée le plus massivement – une Histoire des grands hommes, appuyée sur une série d’anecdotes, dans laquelle les peuples et le long développement des forces productives passent en arrière-plan, voire à la trappe.

Ce savoir limité n’empêche pas le geek de faire preuve d’une arrogance, voire d’un mépris, sans borne vis-à-vis de quiconque fait montre d’un semblant d’ignorance. Par ses commentaires acerbes, il pense envoyer au tapis l’interlocuteur qui ne partage pas le point de vue dominant. La critique porte, le plus souvent, sur la forme même employée par l’adversaire d’idées ; la moindre faute d’orthographe est scrutée puis épinglée en un axe majeur de l’argumentation du geek. Cette passe d’armes virtuelle est un grand classique dans le comportement de ce dernier, qu’il affectionne tout particulièrement pour démontrer, à ses yeux, sa supériorité intellectuelle. Le geek est d’ailleurs le dernier à croire que l’intelligence se fait par l’inclusion, tant l’exclusion de quiconque admet maladroitement sa différence est facile et plaisante.

Super-héros et fantasy

Dans le fond, les geeks partagent bien des références communes. Ce qui est « culte » occupe pour eux une place prépondérante ; dans le domaine du cinéma, par exemple, cela va de Quentin Tarantino à Martin Scorcese, en passant par Sergio Leone et Stanley Kubrick. Ces œuvres constituent certes le « haut du panier » de la culture dominante, mais en tant que productions hollywoodiennes, il s’agit ni plus ni moins que d’une série de blockbusters triée sur le volet.

La référence par excellence du geek est le super-héros. Ce dernier, depuis la formation des maisons Marvel et DC Comics au milieu du 20ème siècle, occupe une place de choix dans la production artistique états-unienne. Depuis dix ans, jamais Hollywood n’a pondu autant qu’adaptations, remakes et déclinaisons du genre. Chacun peut s’identifier à tel ou tel personnage, développé dans des intrigues simplistes imbibées des grandes valeurs du capitalisme : opposition entre le camp du bien (le « monde libre ») et celui du mal (qui a souvent l’accent russe) ; héros qui édifie seul son destin, malgré l’éclatement de sa famille, en restant fidèle à sa volonté de rendre justice aux victimes ; vilain qui emploie les méthodes les plus odieuses pour dominer la ville, tout en se maintenant derrière un masque de bienfaiteur. L’individualisme est, dans ces fictions, à son paroxysme tant ce sont toujours les efforts inouïs d’un homme seul qui parviennent à sauver le monde.

Dans le fantasme entourant la littérature des super-héros, la croyance en la supériorité personnelle est totale. Les collectifs y ont peu de place, si ce n’est pour former un groupe de supporters qui aideront les cadors en temps voulu. L’histoire ne se dénoue toujours que par l’action héroïque des principaux protagonistes, qui permet d’éviter le cataclysme annoncé dans un ultime dépassement de soi. Le plus souvent inconsciemment, les geeks reproduisent sur le monde le regard offert sur les histoires de super-héros – et en viennent, pour certains, à espérer l’arrivée d’un sauveur, supérieur en force et en intelligence, pour résoudre les grands défis auxquels notre planète réelle devra faire face. Selon eux, seul le concours des meilleurs experts permettront d’éviter la catastrophe – et le peuple n’aura d’autre choix que d’assister à cette mauvaise tragédie qu’en tant que spectateur du destin de notre monde.

Il en va de même de l’univers de la fantasy, très prisé également, et dans lequel ce sont avant tout les représentants de grandes lignées qui écrivent l’Histoire. Du Seigneur des Anneaux au Trône de Fer, l’intrigue se développe sous le prisme de grands personnages occidentaux, seuls à même de combattre les légions du mal. La représentation de ces dernières, qu’il s’agisse des troupes orientales de Sauron allant au combat sur des « oliphants », ou d’un ordre esclavagiste auquel seule l’arrivée de l’héritière d’une maison de l’Ouest met fin, est teintée de colonialisme. Le monde de la fantasy, comme celui des super-héros, en tant qu’axe de la culture anglo-saxonne, est porteur de nombreuses valeurs réactionnaires ou conservatrices, sans même que le geek ne s’en aperçoive. Ce dernier renvoie les critiques portant sur ses univers favoris au rang d’injures à la qualité de l’intrigue, et ne parvient pas à faire la part des choses entre le plaisir apporté et le recul nécessaire pour mesurer ce que ces œuvres sont réellement – c’est-à-dire de grands vecteurs d’impérialisme idéologique.

Défenseur de l’ordre établi

Parce qu’ils s’exercent à tout critiquer, tout analyser, tout mesurer, les geeks sont persuadés de disposer d’un formidable libre-arbitre en dehors de toutes influences. C’est, en fait, le contraire qui se produit : façonné depuis le plus jeune âge par les normes et les comportements dominants, le geek exécute à merveille le rôle du parfait dominé, reléguant dans son ordre de priorité sa production réelle, en tant que travailleur, loin derrière sa consommation et ses goûts, qu’il croit d’une importance capitale.

Il est vrai qu’il n’est pas qu’une seule sorte de geek, et que cette notion inclue largement une multitude de sous-catégories. Mais chacune décline à sa façon les comportements majeurs précisés ici. La vie réelle, morne et fade, est exaltée par des comparaisons hasardeuses avec l’épopée chevaleresque de son héros favori. Se croyant unique et indispensable, le geek vit surtout à travers sa confrontation avec les ignorants du web, dont il rectifie gracieusement l’éducation. Mais les lacunes qui lui apparaissent sont souvent les mêmes – erreurs de forme, point de vue en dehors de l’idéologie dominante, engagement assumé pour une cause – et sont des fautes aux yeux du geek. Mais se concentrer sur les manquements des autres est un puissant moyen de détourner son attention de ses propres contradictions.

Le geek ne se définira jamais comme adulateur de la culture de masse, trouvant dans sa besace bien des exemples d’opinions pseudo-rebelles – la préférence de telle œuvre plutôt qu’une autre, de tel livre plutôt que de son adaptation. Pourtant, il est intégralement ancré dans la pensée dominante, et son comportement comme ses goûts attesteront d’une adhésion au mainstream le plus commun. Ses héros qui lui donnent foi en son libre-arbitre, ses œuvres préférées qui sont empreintes de violence et de banalités, son comportement qui en fait un consommateur avant tout sont autant de caractéristiques qui font du geek le parfait défenseur de l’ordre établi.

Notre époque est pourtant traversée des plus grands paradoxes qui démontrent, rapidement, l’inefficience et l’injustice du système capitaliste. 80 individus ont autant de richesses que la moitié de l’humanité, soit 3,6 milliards d’hommes et de femmes ; jamais les sans-domiciles n’ont été si nombreux en France, mais ils restent trois fois moins nombreux que les logements vides ; les guerres et l’émigration forcée font de la Méditerranée un charnier gigantesque, où les migrants venus d’Afrique et du Moyen-Orient s’écrasent et périssent par milliers. Ces problématiques intéressent largement moins le geek que la forme que prendra la prochaine aventure Star Wars. Mais la béatitude est trop grande pour demeurer trop longtemps ; les avatars modernes finiront par craquer et le geek, qui est une mode plus que toute autre chose, finira sans nul doute dans les poubelles de l’Histoire.

 

Bien qu’il se croit unique, notre sujet fait montre de l’individualisme le plus égoïste, concentré sur le plaisir qu’il ressent et les choses qui le lui procurent, se gardant bien de prendre le recul nécessaire à l’analyse de sa propre existence. Même s’il est, comme dans la plupart des cas, un simple salarié dont la force de travail est exploitée pour le compte final de la bourgeoisie financière, le geek colle au discours dominant en défendant l’état de fait et en cherchant à jeter l’opprobre sur ceux qui critiquent l’ordre établi, renvoyés à la condition de naïfs ou de bisounours. Avec un ton acerbe ou mielleux selon les circonstances, le geek continuera à encenser les publicités de ses produits favoris, à attendre impatiemment la sortie de sa série préférée, à se montrer arrogant avec ceux qui auront le malheur de critiquer son comportement ou ses idées. Pour que le fan du 21ème siècle prenne du recul et reconsidère son apport au monde, qui ne pourra pas se limiter indéfiniment à des opinions de consommateur, le réveil est encore loin – mais il finira, tôt ou tard, par sonner.

B.D.

Lien court à partager : http://wp.me/p6haRE-oL

 

14 commentaires

  • L’expression « idiot utile » s’applique a des personnes qui servent des desseins qui contredisent leurs aspirations profondes. Elles sont de bonne foi mais manipulees.

  • Bonjour,

    Bravo pour cet article, qui semble t-il à la vue des commentaires tape où cela fait mal.
    Je ne m’attarderai pas sur la définition exacte du concept « geek » qui permet aux uns et aux autres de s’exclure de cette catégorie pour mieux la défendre.
    Votre analyse rejoint complètement la mienne, et l’on retrouve le sujet sur l’ensemble des sites communautaires « geek » (genre 9gag, imgur, reddit, etc…)

    Sous couvert de son sentiment de supériorité et de sa fausse ouverture d’esprit, cette communauté dans sa majorité à une tendance raciste, misogyne et autoritaire très prononcée (en plus des autres « qualités » évoquées dans l’article).

    Phénomène d’autant plus contradictoire qu’elle se targue de supporter des progressistes, tout en idolâtrant les forces armées et les forces de l’ordre. En critiquant en permanence les idées divergentes (féminisme, végétarisme, mouvements pour les droits des minorités ethniques, etc…).

    Pensant être en marge, elle se dit persécutée en permanence, sans se rendre compte de ses privilèges et de sa position de domination. Elle se permet de se plaindre en permanence de son oppression et refuse à tout autre d’en faire autant.

    Très peu critique contrairement à sa croyance, elle hurlera avec les loups dès que possible. Son manque d’éducation alternative l’enfermant dans un carcans de pensée unique.

    Merci pour cet article.

  • Xyz

    Voila un article écrit par une personne très imbue d’elle même, méprisant les autres, et commettant énormément d’amalgame (sans parler de ses nombreuses erreurs d’appellations).

    Ah, mais suis-je bête, il doit être geek, tout simplement.

    Au plaisir de ne plus vous lire, vous qui signez cet article avec vos seules initiales.

  • Merci pour ce billet très instructif, je n’ai pas trouvé meilleur spotr que le football !

  • Antoine Miller

    L’auteur confond la communauté geek tel qu’elle existe toujours et qui a toujours les mêmes valeurs qui sont différentes de ce que décrit l’article et la culture geek qui a largement quitté la communauté.

    Pour une bonne introudction à la culture geek voire ici (certains commentaires de l’auteur complètent utilement l’article ) :
    http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-culture-geek-108884

    Comme indiqué dans l’article que je viens de citer cette culture geek a fortement influençé la culture « mainstream » de sorte que certains gouts ou activités qui vous auraient fait passer pour un associal dans les années 90 sont aujourd’hui mainstream. Et la conséquence est qu’il est même devenu fashionable de se dire geek (alors que pareil dans les années 90 c’était pas trop un truc à revendiquer sous peine de passer pour l’ado boutoneux, obèse et gobeur de pizza). Mais de même que des tas de gens se disaient « hippies » sans être forcément des hippies, ca ne veut pas dire que la majorité de nos jeunes sont devnus geek. Ils ont été influençés par leur culture, mais culture geek et culture mainstream sont deux choses bien distinctes.

    Maintenant sur le rapport entre culture geek (ou culture technicienne) et capitalisme, vous devriez plutôt je pense lire Jacques Ellul (avec lequel je ne suis pas d’accord sur tout mais qui décrit cela dit très bien le fonctionnement de la société technicienne). Il décrit très bien la façon dont la technique façonne la société dans tous les domaines de manière autonome. Et indique qu’il est logique qu’une culture finisse par tenter d’autojustifier les choses. Mais penses qu’une telle culture ne peut être construite. (Et que l’homme ne peut pas vivre dans un univers technicien). Au contraire j’ai tendence à penser qu’une telle culture finira par exister (ce n’est pas le cas de la culture geek actuelle qui n’est pas complète) et que son apparition aura l’avantage de réconcilier l’homme avec son environnement.

  • La fameuse arrogance du geek…

    C’est bien de faire un article pas le moins du monde arrogant pour dénoncer ce fléau de la culture imposé par un capitalisme plus que jamais sournois.

  • Ah cher Benoit, que n’as-tu pas avant d’écrire ton article pris connaissance de la prose du grand maitre de l’économie au PCF: Paul Bocarra qui t’aurait d’emblée placé bien au dessus de la mêlée de tes contradicteurs, et même les aurait flattés.
    Les « geeks » sont, selon ce génie, les beaux fruits de la troisième révolution du capitalisme: la « révolution informationnelle ».
    Laquelle, contrairement à la seconde révolution, la « révolution industrielle » qui avait engendré des prolétaires rivés à leur chaine de production, avec un chronométreur et des gestes identiques toute la journée(revoir « les temps modernes »), engendre des tels progrès qu’elle va résoudre la crise du capitalisme due à la baisse tendancielle des taux de profit et donc éviter aux pauvres gens le choc d’une révolution communiste (dont on sait ce que ça a donné d’horreurs en URSS!)
    Bref, tous les orateurs huppés du P »c »F, Pierre Laurent en tête, chantent les louanges de l’informatique, et de la révolution informationnelle…
    Tous, sauf un! L’animateur du site http://www.lepcf.fr (du réseau « faire vivre et renforcer le PCF »), j’ai cité Xuan, qui dans une contribution qui est parfois désopilante, réduit à néant la découverte du grand homme (qui se prend pour le successeur de Marx, m’a dit un de ses anciens camarades)
    http://lepcf.fr/La-revolution-informationnelle-ou

  • Paul

    Les «jeunes geeks» ne sont pas plus consommateurs que les cadres quadragénaires qui s’endettent comme des imbéciles pour se payer des maisons Mikit toutes faites sur le même modèle ou encore leurs femmes qui dépensent des fortunes dans du maquillage ou séances de pseudo-yoga… Il est temps que les «vieux», à commencer par la génération soixante-huitarde responsable de la mentalité libertaire du jouir et consommer sans entrave, sentent la poutre dans leurs yeux avant de palabrer sur la paille dans les yeux de ses «jeunes» (qu’ils étaient censés élever, non ?)

    Puisqu’on parle de culture (en supposant que la culture puisse s’apprécier selon des critères objectifs), combien de bobos qui se vantent de regarder Truffaut sans même comprendre, ou d’écouter de l’acid-jazz aseptisé pour se la donner dans les soirées mondaines ?

    «Le Seigneur des Anneaux est colonialiste», mais quelle ânerie, il est vrai que Tolkien, qui a remis à sa place Hitler sur la notion d’aryanité et qui a écrit des textes profondément outrés contre l’apartheid, était un bon colonialiste…

    Dans le livre, il y a aussi énormément d’hommes sauvages (du Nord) alliés à Sauron, tout comme il y a des Haradrim qui ne participent pas à sa croisade. Ceux qui le font d’ailleurs, le font plus par rivalité politique que par idolâtrie du mal… Donc il n’y a de la propagande binaire uniquement pour ceux qui ne lisent pas. Et Sauron possédait auparavant une base au Nord (Angband). Parlez du franc CFA ou de nos interventions en Libye si vous souhaitez fustiger le colonialisme, et laissez tranquille un auteur dont le seul crime était d’aimer «l’esprit du Nord» comme il disait (d’ailleurs, ses oeuvres auraient présenté les gentils Orientaux civilisés contre les méchants barbares germaniques, auriez-vous eu la même réaction ? Voilà toute la question !)

    Bref je ne vais pas égrainer les bêtises, les approximations et les attaques gratuites de cet article (au hasard: «les geeks sont majoritaires parmi les jeunes», côtoyez-vous bcp de jeunes, M. Delrue ?), mais je vous assure que le geek moyen est bien plus conscient des oppositions binaires de certains comics et de la réalité de la vie, que son papa assis dans le canapé à ingurgiter la «vérité» BFM TV sur le diable Poutine, le diable Assad ou autres et sa maman qui se sent solidaire des immigrés malgaches la larmichette à l’œil mais qui n’a jamais pensé à donner un seul œuf à la famille qui vit dans la déch juste à côté de chez elle.

    Dommage, un article pareil sur ce site, plutôt bon au demeurant…

  • Pierrick

    Ça y est c’est fait, voici un nouvel article qui ajoute de la confusion entre le geek et le citoyen con-sommateur. Sachez que le terme geek n’a pas grand chose à voir avec le type de
    personnage que vous décrivez dans l’article.
    Un geek est un fan poussé l’extrême qui va tellement se consacrer pour sa passion qu’il va en devenir un expert. Le geek devient alors fier de ses connaissances et ses dernières
    acquisitions et souhaite les partager avec d’autres geeks. Il dédaigne alors les gens « normaux » car ils ne le comprennent pas et de toute manière, le geek n’a rien à leur dire.
    Le geek est donc peu sociable même s’il reste abordable si vous lui parlez de sa passion.
    Certes le mot geek désigne le plus souvent des fans de nouvelles technologies, jeux vidéo, comics, etc. mais un sportif de haut niveau peut tout à fait être considéré comme un
    geek de son sport.

    Cas particulier numéro 1 : un geek qui se passionne pour les sciences dures et qui a très peu de vie sociale est appelé un « nerd ».
    Cas particulier numéro 2 : un geek dont la passion le prive de toute vie sociale et tend à mettre sa vie en danger est appelé un « no-life ».

    Alors oui les geeks de l’univers de J. R. R. Tolkien irons voir au cinéma le dernier épisode du Hobbit, même s’il le considère comme le pire navet de la série. Alors oui le geek
    de l’univers de Star Wars se précipitera pour acheter les figurines avec un défaut de fabrication, car ce sont des pièces uniques au monde. Pour autant, une fois sorti de son
    univers, le geek ne consomme pas à outrance, au contraire, il considère le reste comme des futilités bien stupides et préférera, par exemple, rester au frais chez lui l’été
    et converser avec ses amis geeks plutôt que gaspiller son argent sur les plages de sables fins.

    Concernant le volet politique, sans doute que la plupart des geeks ne se préoccupent pas de ce qui se passe en Syrie ou dans la Méditerranée (encore que, si vous cherchez vous
    trouverez des geeks très engagés politiquement comme Jérémy Zimmerman ou le site d’information reflets.info par exemple) mais en quoi est-ce différent de la majorité des français
    non geek ?

    Il est déplorable que le terme geek soit maintenant détourné par les grandes industries de con-sommation et qu’il soit maintenant bien vu et « cool » d’être un geek. Néanmoins,
    quelqu’un qui passe trois heures par jours connectées à facebook ou qui change tous les six mois d’ordiphone ne sera jamais un geek, juste un citoyen con-sommateur et ignoré par
    les « vrais geeks ».
    Sans les geeks, il est fort probable que les ordinateurs seraient restés dans les grandes salles climatisées des universités et que vous n’auriez jamais pu
    écrire cet article.
    Sans les geeks, nous n’aurions pas d’imprimantes 3D qui permettent la construction de prothèses à un coût dérisoire :
    http://www.3ders.org/articles/20140421-comparing-50-dollar-3d-printed-hand-vs-42000-dollar-prosthetic-limb.html

    Alors laissez les geeks tranquilles ce ne sont pas les plus à blâmer.

    • Louis J

      J’abonde dans le sens de ce commentaire, et j’aimerais y ajouter quelques éléments. Attention : je vais notamment citer mon propre cas et celui de certains de mes amis, en étant parfaitement conscient que cela n’a valeur de démonstration.

      Je me considère moi-même comme un geek (parce que je joue régulièrement aux jeux vidéos, j’affectionne les jeux de rôle ainsi que l’animation et la bande dessinée japonaise) et je suis communiste. Militant dans un syndicat étudiant, j’ai pu observer de nombreux camarades fortement engagés qu’on pourrait qualifier de « geeks », parfois sur les mêmes passions que moi, parfois sur d’autres variantes. J’ai également mon cercle d’amis non-engagés, d’opinions politiques diverses (mais pas trop à droite de préférence).

      Je respecte énormément votre analyse sur tout un tas de sujets et je lis régulièrement votre blog depuis qu’un camarade de mon syndicat me l’a fait découvrir. À mon sens, vous procédez ici à une charge en règle contre un phénomène que vous n’avez pas l’air de vraiment comprendre.

      1°) – Votre objet est mal défini (je reconnais que c’est assez dur). Si vous définissez comme geek « tout individu connecté » et regardant « les séries à la mode ». En réalité vous désignez-là tout un pan de la population (pas forcément des jeunes par ailleurs) qui n’ont rien à voir avec le sens originel du mot. À notre époque, les réseaux sociaux et les séries américaines sont très fortement démocratisés chez les plus jeunes ou les moins jeunes, et notamment chez bon nombre de gens qui ne connaissent rien à l’informatique, aux jeux vidéos, où aux mondes de l’imaginaire. En réalité, votre définition semble évoluer tout au long de votre article, s’adaptant pour être mieux la cible du procès d’intention que vous dressez du « geek ».

      2°) – Votre analyse n’est pas matérialiste et vous faites sans arrêt des sillogismes. Du genre « Les geeks sont des consommateurs » + « Notre modèle de consommation est une extension du capitalisme » => « Les geeks soutiennent le capitalisme ». Ce qui est faux, n’importe quel individu sauf rares exceptions (modes alternatifs de consommation) utilise les circuits de distribution dominants qui sont ceux du système capitaliste, sans pour autant soutenir ce système. Votre analyse n’est pas matérialiste car vous ne partez pas des rapports de production et des rapports socio-économiques. Vous pointez juste des pratiques culturelles transversales les unes aux autres.

      3°) – Vous procédez par amalgame. J’entends : vous donnez plusieurs moyens de catégoriser les geeks, vous traitez une catégorie, puis vous prétendez en tirer des lois générales : « Il est vrai qu’il n’est pas qu’une seule sorte de geek, et que cette notion inclue largement une multitude de sous-catégories. Mais chacune décline à sa façon les comportements majeurs précisés ici » ce qui est totalement faux. En réalité, vous pointez de préférences culturelles, des habitudes de consommation, et des traits sociaux que vous mélangez pêle-mêle entre des publics qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres (si ce n’est qu’ils sont tous salariés, comme vous le rappelez à la fin, mais cela ne suffit pas à la démonstration).

      4°) – Vous faites un ENORME procès d’intention à un peu tout le monde au hasard. Le plus suivi est celui de l’arrogance. D’où est-ce que vous tirez que les fans du seigneurs des anneaux, les pratiquants des réseaux sociaux, les fans de super-héros et les férus d’informatique sont majoritairement arrogants, sûrs d’eux et prétendument rebelles ? C’est le cas d’une frange de péteux, comme pour n’importe quelle pratique culturelle, qui souhaite à tout prix imposer son identité aux autres, ce n’est absolument pas une généralité. On la retrouve pour absolument n’importe quelle autre pratique culturelle plus ancienne (tout comme la BD qui il y a quelques années était considérée comme un loisir d’adolescent attardé avant de rentrer plus tard dans les mœurs). Vous confondez cette agressivité supposée avec l’intéressement de passionnés qui peut se manifester lorsque vous abordez le sujet duquel ils se passionnent. Évidemment, si vous vous êtes retrouvé à coté de fans de l’univers de Tolkien à prétendre qu’il s’agissait d’une parabole colonialiste, vous avez du provoquer un débat animé. De même que si je m’amusais à aller à coté d’un groupe de pratiquants religieux et de leur expliquer que la religion relève d’une crasse stupidité.

      En fait, cet article relève plus du procès d’intention généralisé que de tout autre chose. Votre conclusion est la pire : « notre sujet fait montre de l’individualisme le plus égoïste, concentré sur le plaisir qu’il ressent et les choses qui le lui procurent, se gardant bien de prendre le recul nécessaire à l’analyse de sa propre existence », phrase que vous assénez sans la moindre base de démonstration, prêtant ainsi une intention à un groupe de pratiques culturelles. « J’aime le seigneur des anneaux » >> « j’aime le moyen âge et les valeurs conservatrices » ou « J’ai un smartphone et je sais m’en servir » >> « Je défends l’exploitation des enfants par l’intermédiaire d’Apple ». Tout cela n’a pas plus de rigueur scientifique que la propagande anticommuniste de nos amis yankee.

      Après la lecture de cet article, je me permets de supposer que vous avez eu des discussions animées avec certaines personnes qui pour vous représentaient le phénomène « geek » et que vous en avez tiré des conclusions générales, car vous avez trouvé vos interlocuteurs arrogants, imbus d’eux mêmes, et de droite (ce n’est qu’une supposition).

      Ma vision personnelle du socialisme est celle d’un système qui, ayant partagé entre tous le travail et sa plus-value, permettra l’accès de tous à la culture la plus large sous toutes ses formes et au progrès technique. Tout le monde pourra avoir un smartphone parce que c’est quand même pratique pour plein de trucs, sauf qu’il n’aura pas d’obsolescence programmée et donc on en changera pas tous les 2 ans et il ne sera plus produit par des enfants des pays sous-développés. Les blockbusters exaltant les solutions individuelles de facilité existeront toujours, mais ils seront contrebalancés par toute une production cinématographique subventionnée pour s’affranchir de la seule loi de la rentabilité (et on appliquera quand même un petit contrôle sur la propagande américaine qu’ils contiennent et sur les questions de féminisme). On jouera toujours aux jeux vidéos, les gens auront des ordinateurs et compagnie. Vous ne pouvez pas faire la révolution en prétendant exclure toute une partie des pratiques culturelles que vous désapprouvez.

  • Chardonneret

    C’est marrant, ça m’a fait penser à cet article : http://editeurslesloisdumetier.bpi.fr/bpi_loi-edition/fr/lois_du_metier/pourquoi_la_loi_de_49/le_cartel_et_les_groupes_de_pression/ils_veulent_nous_voler_nos_petits.html

    Ou quand, au nom de la pureté révolutionnaire, on se met à défendre des positions rétrogrades…

  • Garry

    C’est incroyablement dur comme article.

    • Garry

      Pardon, j’ai posté un peu tôt par inadvertance. Je trouve ça bizarre comme catégorisation. si on est un peu marxistes, on acte que ce qui définit les individus, c’est leur rapport à l’outil de production. La, d’un coup (et comme pour les « bobos ») émerge une catégorie de personnes, qui sont supposées homogènes et définies de manière flou par leur gout des smartphones et des super-héros ? Et on acte qu’elles sont unanimement médiocres ? La vérité c’est que cette aliénation aux nouvelles technologies et à des cadres de référence culturels ne se limite pas à une catégorie fantasmée de « geeks » elle touche tout le monde (toi, moi le premier), et cela ne nous empêche pas d’être progressistes, de militer pour le dépassement du capitalisme. Les êtres humains sont bourrés de contradictions, et passent leur temps à les réguler. Faire des procès d’intention aussi virulents est juste sectaire et complètement contre-productif malheureusement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *