Hé Manu, apprends le respect

Hier, tu as fait la leçon à un collégien. T’en es tellement fier que tu l’as twitté en nous demandant de « regarde[r] jusqu’au bout » [1]. Parce que l’ado t’avait gentiment apostrophé par un « Ça va Manu ? », il a fallu que tu fasses ton showman. « Aujourd’hui c’est la Marseillaise et le Chant des Partisans, tu m’appelles ”monsieur le Président” ou ”monsieur”. Et tu fais les choses dans le bon ordre, le jour où tu veux faire la révolution, t’apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même. »

« Le respect, c’est le minimum dans la République » : c’est ton commentaire au-dessus de la vidéo. Tu te crois légitime pour donner des leçons de respect. Tu en es sans doute intimement convaincu. Toi qui sais parler, te comporter avec élégance, tu penses que c’est l’image qu’on garde de toi. Mais ce que l’on retient surtout, c’est ta grossièreté. « Les fainéants » [2], « les gens qui ne sont rien » [3], le « pognon de dingue » dans les minima sociaux [4], tes poignées de main avec Trump, ton maillot de l’OM ou ton short de tennisman. Tu te mets constamment en scène, tu t’adonnes à la vulgarité, tu méprises les petites gens et tu te crois toujours légitime pour donner des leçons de respect.

Toi qui as eu une jeunesse dorée, un parcours tout tracé et l’intelligence suffisante, tu as besoin de rabaisser ceux qui comptent le moins à tes yeux, beaucoup moins que tes amis des élites bourgeoises ; les salariés, qui doivent bosser plus, les étudiants, que tu voues à la concurrence, les retraités, qui se contenteront d’un « merci » [5], les privés d’emplois, qui doivent arrêter d’attendre « tout de l’autre » [6]. Tous tes a-priori sont matricés par ta certitude d’être supérieur au commun des mortels, de ne devoir ta réussite qu’à toi-même, de marquer l’Histoire. Tu n’as de respect que pour toi et tes amis. Tu n’as aucun respect pour les simples travailleurs.

On pourrait s’attarder sur ta politique, l’armada de réformes anti-sociales, mais ton comportement est déjà éloquent. Face à la lutte sociale la plus puissante et emblématique, la bataille du rail, en raison d’une réforme que tu avais cachée pendant ta campagne, qu’as-tu dit ? Rien, pas un mot, si ce n’est lors d’un déplacement dans la rue – encore – une injonction à des cheminots en colère : « il faut cesser de prendre les gens en otage » [7]. Mais c’est toi qui les prends en otage ! Les usagers, souvent des salariés qui risquent d’être virés avec ta bénédiction s’ils loupent des heures de travail, comme les agents de la SNCF, à qui tu promets des suppressions de postes et des transferts vers des entreprises concurrentes privées sans garanties.

Derrière les slogans sur la « start-up nation » [8] et ton jeune âge, il n’y a que le vieux monde capitaliste, celui du grand patron, de l’homme d’affaire. Et ça, ta conduite arrogante et ton mépris de classe le prouvent jour après jour. Chez toi et tes potes, c’est l’argent qui compte. D’ailleurs tu veux « des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », histoire que chacun trime de son côté pour ce rêve inatteignable pendant que les vrais milliardaires règnent sans partage. Dans le pays que tu présides, dans la société la plus riche qu’on n’ait jamais connue, comment expliques-tu qu’il y ait des femmes et des hommes qui crèvent de faim, qui n’ont plus de domicile ou qui n’ont pas de travail, qui renoncent aux études ou aux soins ? Comment peux-tu te pavaner sans sourciller, continuer à faire le fier alors que ce que tu promets aux jeunes générations, c’est de vivre moins bien que leurs parents ?

Tu invoques le Chant des Partisans mais tu n’as aucune idée du sens de la Résistance. Toi qui « veux faire la révolution », puisque tu en as même donné le nom à ton bouquin, il est vrai que tu as les diplômes mais tu t’es nourri et trop nourri, tu t’es gavé, tu as même gagné des millions d’euros dont il ne reste… rien dans ta déclaration de patrimoine [9]. Cela ne t’empêche pas de donner des leçons à ceux qui gagnent 1.000 euros par mois. On finit bien par se rendre compte que tu te fous de notre gueule.

Te tutoyer, c’est s’abaisser à ton niveau. Il le faut pour s’adresser à toi. N’y vois aucune complicité. Tu cherches à enseigner le respect alors que tu devrais commencer par l’apprendre. Le vrai respect est mutuel et tu sauras que l’irrespect l’est aussi. Ton mépris pour les gens ordinaires, les gens ordinaires te le feront payer.

 

Le 19 juin 2018,
Benoit Delrue.

Références

 


1 : https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1008770776391127042

2 : https://www.huffingtonpost.fr/thierry-herrant/les-faineants-de-macron-a-choque-et-cela-fait-partie-de-la-strategie-de-com-du-president_a_23214367/

3 : http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2017/07/02/25001-20170702ARTFIG00098-emmanuel-macron-evoque-les-gens-qui-ne-sont-rien-et-suscite-les-critiques.php

4 : http://www.liberation.fr/france/2018/06/15/pognon-de-dingue-un-coup-de-com-qui-ne-passe-pas_1659340

5 : http://www.europe1.fr/economie/emmanuel-macron-dit-merci-aux-retraites-auxquels-il-reconnait-avoir-demande-un-effort-3624980

6 : https://www.bfmtv.com/politique/macron-si-j-etais-chomeur-je-n-attendrais-pas-tout-de-l-autre-j-essaierais-de-me-battre-d-abord-864386.html

7 : http://www.liberation.fr/france/2018/04/18/macron-aux-cheminots-il-faut-cesser-de-prendre-les-gens-en-otage_1644255

8 : https://twitter.com/emmanuelmacron/status/852561494810251264

9 : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/23/presidentielle-la-declaration-de-patrimoine-d-emmanuel-macron_5099629_4355770.html