Venez comme vous êtes.

éditorial du mois d’avril 2017

Ce mois-ci, les électeurs français sont appelés à se rendre aux urnes à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle. Onze candidats sont en lice, tous ont présenté leurs propositions et débattu à l’occasion du débat politique diffusé hier soir sur BFMTV et CNEWS. Philippe Poutou, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), a fait le « buzz » en opposant, à l’immunité parlementaire dont bénéficie Marine Le Pen, qui ne s’est pas rendue à la convocation assignée par la police, l’absence d’immunité ouvrière pour les militants qui se battent pour leurs salaires et leur emploi, parfois condamnés à des peines de prison comme nos camarades de Goodyear. Jean-Luc Mélenchon, qui a livré une excellente prestation, est jugé le plus convaincant par plusieurs enquêtes d’opinion et observateurs.

Pour autant, l’un comme l’autre ont peu de chances de réaliser de grands scores le 23 avril prochain. Le candidat du NPA n’atteindra vraisemblablement pas la barre des 5%, palier à partir duquel les frais de campagne engagés sont remboursés par l’État ; quant au leader de la France Insoumise, il ne se qualifiera pas pour le second tour. Cela tient en une raison simple : les travailleurs ne disposent d’un rapport de force que très défavorable dans leur lutte face à la classe capitaliste dominante. L’heure est moins au bouillonnement pré-révolutionnaire qu’à la montée des forces réactionnaires, qui préconisent le capitalisme plutôt industriel que financier, et l’impérialisme plus tricolore qu’européen, mais le capitalisme et l’impérialisme quand même. Certes, bien des militants pro-Mélenchon voient dans les derniers sondages et les grands meetings le signe d’une dynamique populaire, mais il convient de modérer les espoirs pour éviter la douche froide à l’annonce des résultats, le dimanche à 20 heures.

17635521_1472326482837695_2752717835323851551_oQuel que soit le Président de la République élu le 7 mai au soir, le capitalisme perdurera et avec lui, l’incessante guerre menée par la grande bourgeoisie milliardaire contre les salaires, les conditions de travail encadrées, la durée légale du travail dans la semaine comme dans la vie. Les travailleurs resteront divisés, individualisés, et le chemin sera long d’ici à une nouvelle grande victoire du mouvement ouvrier, la dernière en date étant le retrait du Contrat première embauche (CPE) au printemps 2006. Ainsi, les financiers continueront d’un côté à organiser le chantage à l’emploi et fermer des usines, des bureaux, des agences, de l’autre à récolter des milliards d’euros de profits, une richesse gigantesque arrachée aux salariés qui l’ont créée.

Cela étant, des batailles sectorielles se jouent dès à présent pour que le peuple travailleur reprenne du terrain sur la classe capitaliste et l’État bourgeois. C’est le cas de la lutte en Guyane, théâtre de l’extraction d’or et du lancement des fusées spatiales européennes, où des citoyens de seconde zone subissent la vie chère et la désertification des services publics. Dans cette terre sud-américaine, reste de la colonisation française, la classe ouvrière se lève par la grève générale pour faire face au gouvernement de la métropole et lui exiger dignité et justice sociale.

Ce jour du 5 avril est également marqué par un autre conflit, au cœur du secteur de la restauration rapide, qui brasse désormais, en France, un chiffre d’affaires plus important que celui de la restauration traditionnelle. Les restaurants McDonald’s génèrent des millions d’euros de profits chaque année, mais évacuent la quasi-totalité de leurs bénéfices vers la Suisse, le Luxembourg et les Pays-Bas via un gigantesque montage financier. Les équipiers, qui confectionnent les hamburgers, préparent les commandes, nettoient les salles, accueillent le public, sont durement exploités et payés une misère, tout juste le Salaire minimum, dans le cadre d’un contrat à temps partiel offrant un revenu mensuel inférieur au seuil de pauvreté.

Depuis de longues semaines, les salariés de l’enseigne organisent, dans certains restaurants de la région parisienne, des actions de blocage et des grèves ponctuelles pour établir un bras-de-fer face à leur direction. Aujourd’hui, un mouvement national de grève, de 18 heures à 23 heures, gagne la France et se décline dans des dizaines de McDo à travers l’hexagone. Les revendications sont simples : 13 euros de salaire net horaire, au lieu de 7,58 euros, et un treizième mois pour l’ensemble des équipiers. Bon nombre d’employés s’appuieront sur cette journée exceptionnelle pour tenter de monter un syndicat, CGT ou SUD, partie prenante du mouvement, sur leur lieu de travail.

La bataille de McDonald’s pour la relocalisation des profits et l’augmentation des salaires est emblématique pour l’ensemble de la classe ouvrière française. D’abord parce que cette dernière travaille désormais davantage dans des magasins, des restaurants ou des bureaux que dans les usines ou sur des chantiers. Ensuite parce que le secteur de la restauration rapide est, pour des millions de jeunes hommes et femmes dépourvus de diplôme ou d’expérience, presque le seul qui accepte de les embaucher. Enfin parce qu’elle conjugue les pratiques les plus modernes d’optimisation fiscale avec la lutte ancestrale pour un revenu digne.

17636830_1472350192835324_1350978760044696805_oSi l’argent est le nerf de la guerre, la question des salaires est assurément celui de la lutte des classes. La grande bourgeoisie est ses valets politico-médiatiques mènent une guerre féroce contre le « coût du travail », autrement dit nos salaires immédiats (nets) et nos salaires différés que nous percevons comme nous sommes privés d’emploi, malades ou retraités par le biais des cotisations sociales. Défendre nos salaires, non pas individuellement en tentant de faire de l’ombre à nos collègues, mais collectivement, par le combat commun, est crucial. Le grand patronat les politiciens libéraux, comme MM. Macron et Fillon, cherchent justement à réduire nos salaires, soit directement – ce qu’ils peinent encore à assumer – soit en allongeant la durée de travail hebdomadaire, dans le cadre d’une loi ou d’un accord d’entreprise où nous devrions travailler gratuitement de la 35ème à la 39ème, 40ème, 45ème heure.

Il y a fort à parier que les employés de McDonald’s réitèreront bientôt leur journée d’action pour arracher à leurs patrons l’augmentation qu’ils méritent. Ils devront compter sur notre soutien, en tant que travailleurs et clients, pour mener à bien leur bataille. Alors, chers lecteurs, comme la publicité vous enjoint à venir « comme vous êtes », faites-le : rendez-vous dans les McDo comme des militants politiques, syndicaux, associatifs, et vous êtes nombreux à l’être parmi ceux qui nous lisent, et profitez-en pour entamer le dialogue avec l’équipier en face de vous sur le 13ème mois de salaire et les 13 euros de l’heure. Treize est un nombre porte-bonheur, espérons qu’il porte chance et courage à nos amis qui font vivre McDonald’s.


Bonne visite sur LE BILAN, bonne lecture et à bientôt,

le 5 avril 2017,
Benoit Delrue.