Cet article a été consulté 22 473 fois

Goulard, Ferrand, Pénicaud… Les sales affaires des nouveaux ministres d’Emmanuel Macron

Maintenant que les membres composant le premier gouvernement du quinquennat d’Emmanuel Macron ont été révélés, nous avons enquêté sur les parcours et les penchants des nouveaux ministres. La plupart sont inconnus du grand public, ce qui oblige à dévoiler leur véritable orientation. Avec Macron, c’est « En Marche » vers la droite et la soumission au patronat.


Par Benoit Delrue. Lien court : http://wp.me/p6haRE-yj
5 1
00 mots environ. Temps de lecture estimé : 25 minutes. HorlA2


Qui sont les nouveaux ministres du tandem Emmanuel Macron – Edouard Philippe ? C’est ce qui nous intéresse et devrait vous intéresser. Historique non exhaustif des parcours croisés des membres du gouvernement dévoilé ce mercredi 17 mai, dans cet article qui sera mis à jour au cours des prochaines heures.

Au sommaire, les affaires de :

Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur
Sylvie Goulard, ministre des Armées
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie
Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires
Muriel Pénicaud, ministre du Travail
François Bayrou, Garde des Sceaux
Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale
Jacques Mézard, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation
Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire
Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité des femmes et des hommes
Françoise Nyssen, ministre de la Culture
Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics
Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

 

Collomb, ministre de l’Intérieur, « un vrai cauchemar »

Gérard Collomb, l’actuel sénateur-maire de Lyon, est entré tôt en politique. En 1968, à l’âge de vingt-et-un ans, il adhère à la Convention des institutions républicaines (CIR), petit parti créé par François Mitterrand qui se dissout dans le Parti Socialiste à l’occasion du congrès d’Épinay, en 1971. Il entre au conseil municipal de Lyon dès 1977 et devient député de la deuxième circonscription du Rhône en 1981. Après avoir été conseiller régional et sénateur, Collomb succède à Raymond Barre à la tête de la mairie de Lyon en mars 2001, fonction qu’il occupe toujours.

CollombTout au long de sa vie politique, Gérard Collomb a mis en avant son prétendu « pragmatisme », c’est-à-dire son adhésion totale au système capitaliste qu’il n’a jamais envisagé de remettre en question. Localement, il soutient activement le patronat par une politique fiscale avantageuse et la délégation de services publics, autrefois communaux, désormais vendus aux marchés privés. A l’aile droite du PS, il a longtemps soutenu Dominique Strauss-Kahn, puis Ségolène Royal en 2007, avant de rejoindre l’équipe de campagne de François Hollande avant les primaires de l’automne 2011, en tant que responsable des relations avec les entreprises et les grandes villes.

Collomb n’a jamais été ministre, et ce n’est pas faute d’avoir tenté d’entrer au gouvernement. Avec Macron, qu’il soutient ouvertement depuis juillet 2016, son aspiration politicienne a enfin été satisfaite. Lors de ses vœux à la presse pour la nouvelle année 2017, le maire de Lyon déclare que son indemnité parlementaire, réduite à 4.000 euros par mois en raison de son absentéisme au Sénat, lui complique la vie : « c’est un vrai cauchemar », « dans ces conditions », « d’organiser un agenda ». La polémique a alors enflé sur internet et dans les médias, si bien que l’intéressé s’est vu obliger de se justifier, de réfuter le fait de s’être plaint, et de rappeler ses origines modestes qu’il n’a « jamais oubliées ». Trop tard ; les mots ont été prononcés, et ils révèlent l’embourgeoisement de Gérard Collomb et de ses pairs, sa déconnexion avec le monde du travail.

 

Goulard, ministre des Armées, l’eurobéate

Sylvie Goulard a suivi une scolarité impeccable : bachelière à 15 ans, titulaire d’une licence en droit à moins de 20 ans, elle est diplômée de l’institut d’études politiques de Paris (Science Po) puis de l’École nationale d’administration en 1989. La même année, elle entre au ministère des Affaires étrangères à la direction des affaires juridiques, d’où elle assiste, euphorique, à l’annexion de l’Allemagne de l’Est (RDA) par l’Allemagne de l’Ouest (RFA).

Sylvie_GoulardAprès avoir travaillé au Conseil d’État dans les années 1990, elle devient en 2001 conseillère politique de Romano Prodi, président de la Commission européenne. Elle se félicite de l’entrée de dix pays dans l’Union Européenne en 2004, événement qui accélère le dumping fiscal sur le vieux continent, et est notamment chargée du suivi de la Convention sur l’avenir de l’Europe, présidée par Valéry Giscard d’Estaing et à l’origine du projet de traité constitutionnel. Silencieuse sur le « Non » au référendum français du 29 mai 2005, elle poursuit sa carrière en devenant, en 2009, députée européenne sur les listes du Mouvement Démocrate (MoDem) de François Bayrou.

Fédéraliste, elle plaide pour l’union économique au sein de l’UE. Goulard est ainsi à l’origine d’ouvrages aux titres aussi niais que « Il faut cultiver notre jardin européen » (Seuil, juin 2008), « Europe : amour ou chambre à part » (Flammarion, 2013) ou encore « De la démocratie en Europe » (Flammarion, 2012), livre co-signé avec Mario Monti, ex-banquier de Goldman Sachs à la tête, entre 2011 et 2013, d’un gouvernement « technique » en Italie, qui fait adopter de nombreuses mesures ultra-libérales sur le marché du travail et les secteurs réglementés. Cette collaboration en dit long sur l’idée, bien peu haute, que Sylvie Goulard se fait de la démocratie, avec sa volonté incessante de renforcer l’UE, une superstructure supranationale où les principales décisions sont prises par des personnes non-élues.

 

Le Maire, ministre de l’Économie, « cinq euros par heure »

Élève modèle, fils d’un cadre de Total et d’une directrice d’établissements scolaires privés catholiques, Bruno Le Maire est diplômé de l’École normale supérieure et de l’ÉNA. A la sortie de cette dernière, il entre au ministère des Affaires étrangères, puis intègre rapidement l’équipe du secrétaire général de l’Élysée de Jacques Chirac, Dominique de Villepin, qu’il ne quittera plus. En 2002, il fait partie du cabinet du nouveau locataire du Quai d’Orsay, puis celui du Premier ministre dès mai 2005, avec le débarquement de Jean-Pierre Raffarin et la nomination de De Villepin à Matignon, à la suite du référendum « raté » sur le traité constitutionnel. C’est en tant que conseiller politique qu’il accompagne l’action du chef du gouvernement et son fameux « Contrat première embauche » (CPE), que l’exécutif est contraint de retirer en avril 2006 à l’issue d’une mobilisation exemplaire des étudiants et des salariés.

Réunion_publique_Bruno_Le_Maire_Strasbourg_21_novembre_2014_02Secrétaire d’État aux Affaires européennes en 2008 puis ministre de l’Agriculture entre 2009 et 2012, Le Maire se fait connaître des militants de l’UMP et se déclare candidat à la présidence du parti, d’abord en 2012 – sans réussir à rassembler les parrainages nécessaires – puis en 2014 face à Nicolas Sarkozy. En vue de la présidentielle de 2017, il est candidat à la primaire de la droite, pour défendre la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), la suppression du droit des syndicats représentatifs de salariés à être seuls à présenter des candidats au premier tour des élections professionnelles – pour permettre, donc, à des organisations pro-patronales de candidater au nom des salariés – et la mise en place de « petits boulots » payés cinq euros par heure, soit l’explosion du SMIC (salaire minimum interprofessionnel).

Résolument à droite et ultra-libéral, Le Maire avait appelé à voter pour François Fillon au second tour de la primaire de la droite. Sa nomination à Bercy ce 17 mai 2017 est un signe fort du duo Macron-Philippe envoyé au patronat, ce dernier sachant désormais qu’il aura plus que jamais les mains libres. Bruno Le Maire poussera, lors des ordonnances de cet été, pour élargir le plus possible les dérogations à la loi dans le cadre d’accords d’entreprise sur la question du temps de travail ou des salaires.

 

Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, « allergique aux préjugés idéologiques »

Sur le papier, le parcours de Richard Ferrand est exemplaire. Secrétaire général du mouvement « En Marche » pendant la campagne présidentielle, il fréquente le milieu politique depuis près de quarante ans. C’est en 1980, à dix-huit ans, qu’il adhère au Parti Socialiste, par fascination pour François Mitterrand. Il devient journaliste, dirige une agence de graphisme puis crée un cabinet de conseil en communication. En 1991, il entre au cabinet de Kofi Yamgnane, alors secrétaire d’État aux Affaires sociales et à l’Intégration, en tant que conseiller spécial. Ferrand est élu en 1998 conseiller général du canton de Carhaix, dans le Finistère, mandat qu’il gardera jusqu’en 2011. Il entre également au Conseil régional de Bretagne en 2010, puis se fait élire deux ans plus tard député de la sixième circonscription du Finistère, historiquement celle de Yamgnane. Lignard au PS, il ne met jamais en doute sa direction. « Dans mon esprit, le numéro 1 du parti, c’était forcément le meilleur d’entre nous, celui qui devait être notre candidat naturel à la présidentielle. C’est pourquoi j’ai soutenu Emmanuelli en 1995, pétitionné pour Hollande en 2007, et rallié Aubry en 2012 ! » De quoi lui accorder une certaine constance… dans le manque de clairvoyance.

Jean_Jacques_UrvoasEn août 2014, Richard Ferrand s’inquiète du sort des professions réglementées que le gouvernement voue à la libéralisation [1]. Avec la nomination d’Emmanuel Macron au ministère de l’Économie, c’est auprès de lui que Ferrand fait part de ses inquiétudes. Le nouveau locataire de Bercy et le Premier ministre Manuel Valls lui confient une mission temporaire sur la question, qui donnera lieu à la publication d’un rapport en octobre [2]. Le député du Finistère finit par ranger ses critiques dans sa poche. Tout en précisant que « réformer n’est pas casser », il affirme que « la modernisation des professions réglementées est indispensable ». « Desserrer les contraintes, aérer les professions, permettre l’arrivée de nouvelles pratiques, intégrer les nouvelles générations et fluidifier les règles de l’activité » sont autant de lieux-communs écrits dans le rapport, qui pousseront bientôt les secteurs réglementés dans la loi impitoyable du marché. C’est ainsi que l’entreprise Uber est encouragée par le gouvernement et citée en exemple, alors qu’elle constitue une concurrence agressive contre les sociétés de taxis et qu’elle exploite sans vergogne ses employés, réduits au statut d’auto-entrepreneur, et ne bénéficiant donc pas de couverture sociale ni d’un salaire garanti.

La complicité entre Macron et Ferrand est née. A partir de janvier 2015, le couple travaille d’arrache-pied sur la loi cadre du ministre de l’Économie, dont Richard Ferrand sera le rapporteur général. En privé, le député critique les interventions médiatiques d’Emmanuel Macron, sur les « illétrées » ou « le rêve de devenir milliardaire ». Mais Ferrand avale les couleuvres. Publiquement, il déclare que « les déclarations de Macron ne sont pas forcément judicieuses, mais elles ont l’infini mérite de secouer le prunier » ; difficile de faire meilleures louanges. Le 6 avril 2016, quand le ministre lance son mouvement « En Marche », le député du Finistère est le premier parlementaire à le rejoindre. Il en devient le secrétaire général à l’automne.

De gauche mais émerveillé par le monde de l’entreprise, Richard Ferrand suit le mouvement. « Pour moi, un politique, c’est un entrepreneur du bien public » a-t-il lancé, persuadé que les affaires publiques doivent s’inspirer davantage des affaires privées. Une de ses déclarations en dit long sur le bonhomme : « Je suis allergique aux préjugés idéologiques pour aborder une situation ». Comme nous l’avons déjà écrit dans nos colonnes, refuser l’idéologique, c’est adhérer à l’idéologie dominante [3]. Celle qui, sous couvert du pragmatisme, ne sert en fait que les intérêts de la classe capitaliste, grande bourgeoisie milliardaire, qui tire les marrons du feu chaque fois qu’une nouvelle libéralisation est politiquement adoptée. Vaguement progressiste mais libéral convaincu, Richard Ferrand sera un ministre docile qui relayera, sans dire mot, les ordres venus d’en haut – et largement sous l’influence des forces de l’argent.

 

Pénicaud, ministre du Travail, « pro » des RH

Muriel Pénicaud est une spécialiste du pantouflage. Fonctionnaire territoriale à la fin des années 1970, elle a occupé des fonctions au ministère du Travail, de l’emploi et de la formation professionnelle dès 1985. Depuis le début des années 1990, Pénicaud enchaîne les postes de cadres et les sièges aux conseils d’administration de multinationales privées, voire aux comités exécutifs.

muriel-penicaudDe 2002 à 2008, Muriel Pénicaud directrice générale adjointe, chargée de l’organisation, des ressources humaines et du développement durable, du groupe Dassault Systèmes, premier éditeur de logiciels français en termes de chiffre d’affaires. De 2008 à 2013, elle est directrice générale des ressources humaines du groupe Danone, qui emploie près de 100.000 salariés à travers la planète. De 2011 à 2014, elle est administratrice et présidente du comité de gouvernance et de responsabilité sociale du groupe Orange, fraîchement privatisé. Depuis 2013, Pénicaud est membre du conseil d’administration de la SNCF, dont elle devient en 2015 membre du Conseil de surveillance ; et depuis 2014, elle est administratrice d’Aéroports de Paris.

Partout où elle passe, elle réalise des économies d’échelles dans le cadre de plans sociaux (non-remplacement de postes voire licenciements) et met en place des méthodes de management pour imposer des cadences toujours plus soutenues et canaliser les éventuels mécontentements. En janvier 2015, elle devient directrice générale de Business France, agence nationale « au service de l’internationalisation de l’économie française ». Autant dire qu’elle est habituée des plans de licenciements (savamment nommés « plans de sauvegarde de l’emploi ») et des délocalisations, et qu’elle est farouchement opposée au monopole public de certains secteurs-clés de l’économie, comme l’éducation ou la santé.

Habituée au milieu des affaires, dominés par la bourgeoisie financière, Muriel Pénicaud relaiera avec zèle les préoccupations du grand patronat telles que la baisse du « coût du travail ». En tant que ministre du Travail, elle participera à la réforme du droit du travail annoncée pour cet été [4] afin de libéraliser toujours plus le marché du travail, c’est-à-dire « libérer » les exploiteurs français des « contraintes » bénéficiant aux salariés, comme la durée de travail fixée par la loi ou pourquoi pas, le salaire minimum interprofessionnel.

 

Bayrou, Garde des Sceaux, la girouette

Titulaire d’une agrégation en lettres classiques, François Bayrou est élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques en 1982, à l’âge de 30 ans. Quatre ans plus tard, il devient député de l’Union pour la démocratie française (UDF), le parti de Valéry Giscard d’Estaing. Il est surtout connu pour avoir été ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur, qu’il soutient pour sa campagne présidentielle de 1995, puis dans le gouvernement d’Alain Juppé après l’élection de Jacques Chirac à l’Élysée, avec un portefeuille élargi à l’enseignement supérieur. Dans ces fonctions, Bayrou tente notamment de déplafonner le montant versé par les collectivités aux établissements scolaires privés, projet qu’il abandonnera après une grande mobilisation pour l’école laïque.

Francois_bayrou_closeIl prend la tête de l’UDF en 1998, puis se présente comme candidat de ce parti à l’élection présidentielle de 2002, tandis que la plupart des ténors de cette formation politique sont allés fonder l’UMP (d’abord Union pour une majorité présidentielle, puis Union pour un mouvement populaire) dévouée à Chirac. Il obtient 6,84% des voix, et entame une traversée en solitaire après que Philippe Douste-Blazy ait quitté l’UDF pour rejoindre, avec presque tous les parlementaires, l’UMP. Durant cinq ans, Bayrou dénonce « l’État-UMP », se représente à la présidentielle de 2007 et finit troisième avec 18,57% des voix, soit près de sept millions d’électeurs. Dès le 10 mai de la même année, l’UDF devient le Mouvement Démocrate (MoDem).

Bien qu’historiquement ancré à droite, le MoDem dirigé par François Bayrou tourne au gré du vent et sombre dans l’opportunisme. En 2007, il refuse de prendre parti dans le second tour entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. En 2012, pour sa troisième participation au scrutin présidentiel, Bayrou termine cinquième avec 9,13% des voix ; il déclare le 3 mai qu’il votera pour François Hollande. En 2013, il conclue une alliance avec l’Union des démocrates indépendants (UDI) de Jean-Louis Borloo, qui a quitté l’UMP, sous la bannière « L’Alternative », puis conclue un autre accord avec l’UMP en vue d’être le seul candidat de la droite et du centre à briguer la mairie de Pau. Vingt-cinq ans après s’être présenté pour la première fois aux élections municipales de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, il parvient enfin à en devenir maire.

Dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2017, les revirements de François Bayrou sont pour le moins savoureux. D’abord soutien indéfectible d’Alain Juppé dans la primaire de la droite, il a dû trouver une nouvelle voie suite à l’échec de ce dernier au second tour face à François Fillon en novembre. Bayrou, qui qualifiait Emmanuel Macron du candidat du « monde des grands intérêts et [de] celui de l’argent », disant de lui qu’il entretenait avec la finance une relation « incompatible avec l’impartialité exigée par la fonction publique », a fini le 22 février dernier par se ranger derrière le leader d’ « En Marche ». Ultime épisode avant sa prise de fonctions, François Bayrou avait juré que son soutien à Macron n’était en rien monnayé par un accord politicien, mais a dénoncé les investitures de la République en Marche (REM) des candidats aux élections législatives, affirmant que cette liste « n’est en aucun cas celle à laquelle le MoDem a donné son assentiment » ! Désormais à la tête du ministère de la Justice, il fera adopter une loi de « moralisation de la vie publique », en interdisant par exemple le fait, pour un élu, de salarier son conjoint ou ses enfants. Mais peut-on moraliser une girouette qui se retourne à chaque bourrasque ?

 

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, les conflits d’intérêts au cœur

Fille d’un chirurgien orthopédique et d’une psychologue, Agnès Buzyn présente a priori un parcours sans faute. Diplômée de médecine, spécialiste d’hématologie, d’immunologie des tumeurs et de la transplantation, elle a gravi les échelons en passant par l’Agence de la biomédecine (ABM), l’Établissement français du sang (EFS), la société française de greffe de moelle et de thérapie cellulaire (SFGM-TC). Présidente du conseil d’administration de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) de 2008 à 2013, elle a également été membre du Comité à l’énergie atomique de 2009 à 2015, puis présidente de l’Institut national du cancer (INCA) à partir du 27 mai 2011. Enfin, elle est officiellement nommée présidente du collège de la Haute autorité de santé (HAS) en mars 2016, et continue d’enseigner à l’université de médecine Pierre et Marie Curie Paris VI.

509734-jpg_348945Pas d’ombre au tableau, si ce n’est… sa complicité avec les cas de conflits d’intérêts. Pour Agnès Buzyn, citée par Mediapart dans un article daté du 7 mars 2016 [5], « l’industrie pharmaceutique tient son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie ». En langage clair, elle accorde un blanc-seing aux médecins liés de près ou de loin au secteur privé du médicament, même lorsqu’ils sont convoqués comme spécialistes auprès d’organismes publics. Buzyn va même plus loin : « il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts ». Autrement dit, les seuls « experts » compétents sont forcément acquis à la cause des laboratoires pharmaceutiques, et ceux qui refusent ces liens ne sont rien d’autre que… des incompétents !

Cette déclaration a fait bondir Irène Frachon, médecin pneumologue à l’origine des révélations du scandale du Mediator : « la solution n’est pas, comme l’affirme Agnès Buzyn, de passer outre ces liens d’intérêts. L’affaire du Mediator le démontre de façon tragique : des experts indiscutablement  »compétents » sont restés solidaires d’un industriel lourdement criminel, en minimisant les dégâts de ce poison. Il faut donc se doter d’une expertise vraiment indépendante » a-t-elle affirmé à Mediapart. Depuis ces révélations, Buzyn n’a jamais pris la peine de répondre. Maintenant qu’elle est à la tête du ministère de la Santé, les médecins et « experts » en tous genres peuvent accepter, avec le sourire, l’influence des poids-lourds de l’industrie pharmaceutique : le conflit d’intérêts est devenu la règle.

 

Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, les recettes libérales

Juriste de formation, Jean-Michel Blanquer est de ces personnalités de la « société civile » qui connaît bien les ors de la République. Ancien directeur général de l’enseignement scolaire sous Luc Chatel entre 2009 et 2012, ex-recteur d’académie de Guyane puis de Créteil, il devient en juin 2013 directeur général de l’ESSEC, l’École supérieure des sciences économiques et sociales. Avec Blanquer, l’ESSEC ouvre un nouveau campus Asie-Pacifique à Singapour, ce qui triple ses capacités d’accueil en effectifs étudiants, et prévoit d’ouvrir une autre annexe, un campus Afrique-Atlantique près de Rabat, au Maroc.

5778829-jean-michel-blanquer-va-prendre-la-direction-de-l-essecAuteur régulier pour Le Point, hebdomadaire de droite, Blanquer est un fervent adepte de l’ « égalité des chances », consistant à considérer que tous les enfants ont les mêmes « chances » de réussite au départ et que ce sont leurs efforts, et éventuellement le soutien de leurs parents, qui détermineront leurs parcours. Sous Sarkozy, alors qu’il était numéro 2 rue de Grenelle, il a appliqué avec zèle la politique de suppression massive de postes d’enseignants et d’aides éducatifs et a souhaité imposer l’évaluation stricte par l’attribution de notes sur 20 dès l’école maternelle, ce qui avait provoqué un tollé [6]. Fin 2016, après avoir publié « L’école de demain » (Odile Jacob, 2016) en guise de programme ministériel, il insistait à nouveau sur la maternelle qu’il faudrait, selon lui, réformer en priorité. Son ouvrage a d’ailleurs été élaboré avec l’aide de l’institut Montaigne, un think-tank libéral.

Grand ami du maire de Troyes et chef de file des Républicains pour les législatives, François Barouin, Blanquer entend réformer en profondeur le système éducatif, avec quelques mesurettes – les stages de remise à niveau l’été, les études dirigées le soir pour les collégiens – et défend surtout l’autonomie des établissements. Autrement dit, la liberté laissée aux proviseurs et directeurs d’école pour recruter, adapter les techniques pédagogiques, dans un système éducatif à la carte qui renforcerait les inégalités sociales. Il se prononce d’ailleurs pour une réforme du baccalauréat avec l’instauration du contrôle continu intégré à la note finale, ce qui briserait l’égalité du diplôme au niveau national, et conditionnerait l’ouverture à l’enseignement supérieur qui lui est liée. Avec Jean-Michel Blanquer aux commandes, la droite a des raisons de se réjouir, mais les syndicats enseignants et lycéens sont sur le pied de guerre, car ils savent à quel point la libéralisation de l’éducation nationale peut être destructrice pour l’égalité républicaine.

 

Mézard, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, une affaire de famille

« Nous avons le devoir de protéger nos paysans. » Difficile de faire plus plat discours d’investiture que celui prononcé le mercredi 17 mai par Jacques Mézard. Conseiller général du Cantal depuis 1994, un temps conseiller municipal et président de l’agglomération du bassin d’Aurillac, il a adhéré au Parti radical de gauche (PRG) en 2004 et devient sénateur en 2008. Dès 2011, il préside le groupe radical à la haute chambre de l’Assemblée, le groupe « Rassemblement démocratique et social européen ». Lui aussi est un européiste convaincu, qui ne remet pas en cause le dumping opéré au sein de l’Union Européenne tendant à remettre en cause la réglementation agro-alimentaire française, l’une des plus exigeantes du monde. Il y a un an, Mézard a d’ailleurs, au Sénat, voté contre l’interdiction des néonicotinoïdes, pesticides mortels pour les abeilles qui impacte gravement l’écosystème biologique [7].

JacquesMezardNEW

Connu pour être un « maquignon » dur en affaires, notamment quand des textes sur les collectivités locales étaient soumis au Sénat, Mézard est adoubé par le monde de l’entreprise. « C’est un gros travailleur, quelqu’un de très à l’écoute, très pragmatique » a déclaré le président de la chambre d’agriculture Patrick Escure, ex-président de la FRSEA Auvergne et industriel agricole [8]. Le « pragmatisme » est, toujours, salué par le patronat car il renvoie à l’adhésion au système capitaliste, à la propriété privée des moyens de production et à la concurrence économique prétendue « libre et non faussée ». Autant dire que ce n’est pas avec Jacques Mézard que l’agriculture intensive se transformera pour le biologique et les circuits courts, son ami Escure misant d’ailleurs sur le fait de « renforcer l’export » [9].

Chez Mézard, la politique politicienne, c’est une affaire de famille. Lui-même fils d’un ancien sénateur, Jacques Mézard a vu son fils Maximilien devenir assistant parlementaire de Jean-Michel Baylet, alors président du PRG, puis conseiller technique chargé de la justice et des institutions au cabinet d’Anne-Marie Escoffier, également membre du PRG et ministre déléguée chargée de la Décentralisation entre 2012 et 2014. Maximilien a ensuite été, à nouveau, membre de cabinet ministériel, pour Jean-Michel Baylet encore, quand ce dernier était ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales entre 2016 et la fin du mandat de François Hollande. Jacques Mézard, qui soutient Emmanuel Macron depuis décembre 2016, dit de lui qu’il « incarne le renouveau, il est capable de faire le pont entre nos valeurs et la modernité ». Les valeurs de la politique bourgeoise et la modernité du libéralisme ont, en effet, toujours fait bon ménage.

 

Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, la technocrate

Née à Monaco, ce qui revient à dire qu’elle avait dès lors une cuillère d’argent dans la bouche, Frédérique Vidal a soutenu sa thèse de doctorat en sciences biologiques et fondamentales appliquées à l’université de Nice-Sophia Antipolis en 1993. La même année, fraîchement diplomée, elle entame une carrière dans une entreprise privée, le groupe Virbac, spécialisé dans la santé animale. Elle devient ensuite maître de conférences puis professeur des universités en 2004, dans le même établissement que celui où elle a suivi ses études.

frederique-vidalEn avril 2012, alors qu’elle dirige la section syndicale universitaire de l’UNSA, syndicat « autonome », elle accède à la présidence de l’université Nice-Sophia Antipolis. Dans son discours d’investiture, Vidal joue la bonne élève des réformes libérales, notamment la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) votée dès le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle insiste sur « l’insertion professionnelle des étudiants » (devenue une « mission » de l’université avec la LRU), le « développement » des laboratoires de recherche d’excellence (dans le cadre d’une mise en concurrence des acteurs de la recherche publique), et plaide « pour que l’ensemble de la société s’empare de son université », entendez l’entrée dans l’enseignement supérieur public des entreprises privées dans leur recherche de profits à court terme.

A la tête de « son » université, Vidal se fait à la fois technocrate et libérale. Elle a par exemple voulu reverser une prime aux agents de l’université sur des critères de « mérite » édicté par le directeur des services. Face au surnombre de candidats pour venir étudier en licence ou en master, elle estime que l’enseignement supérieur devrait moins accueillir et privilégier des pré-requis pour s’inscrire dans une formation. Alors que l’université est un lieu de bouillonnement idéologique où les syndicats et les organisations politiques sont nombreux, elle a aussi œuvré à la « séparation » entre l’université et le politique, en interdisant la tenue de conférences trop « partisanes » à son goût. Aujourd’hui, la voila ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. En somme, Frédérique Vidal s’inscrit parfaitement dans la logique libérale qui impose de rendre les étudiants plus facilement « employables », avec moins d’esprit critique et plus de savoir-être, faisant de l’université au mieux une continuité de l’enseignement secondaire, au pire l’antichambre de Pôle Emploi.

 

Hulot, ministre de la Transition écologique, l’ami des puissants

Il n’avait jusqu’alors accepté aucun poste gouvernemental. En devenant le 17 mai ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot entre de plein pied dans un monde politique qu’il avait déjà côtoyé à maintes reprises. Il avait notamment participé au Grenelle de l’environnement avec Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo, avant d’être nommé envoyé spécial pour la protection de la planète par François Hollande.

23502012462_83fcf687fe_bHulot est surtout connu pour avoir présenté, de 1987 à 2012, l’émission Ushuaïa, le magazine de l’extrême, sur TF1. Il crée en 1990 la Fondation Ushuaïa, qui devient cinq ans plus tard la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme. D’abord ciblée sur l’enseignement de l’écologie à travers des partenariats avec l’éducation nationale et des associations, cette organisation non-gouvernementale (ONG) s’est mise à travailler avec des grandes multinationales connues pour faire peu de cas de l’exploitation des ressources naturelles. Ainsi, un rapport parlementaire datant de février 2011 a mis en cause les liens entre la Fondation et des entreprises, au motif qu’elles pouvaient influencer son indépendance et sa liberté d’expression. Trois poids-lourds siègent au conseil d’administration de l’ONG de Hulot : EDF, TF1 et L’Oréal, cette dernière étant, à l’image du secteur de l’industrie chimique auquel elle appartient, particulièrement polluante.

Avec le vieux principe du « pollueur – payeur », mis notamment en place par le protocole de Kyoto, les grandes multinationales privées sont lavées de tout soupçon si elle reverse une petite partie de leurs bénéfices à des œuvres de solidarité ou écologistes, ou si elles « rachètent » et ce quels que soient les ravages qu’elles infligent à l’environnement et aux animaux. L’attrait du monde du business pour Nicolas Hulot n’est pas chose nouvelle. Depuis le début des années 1990, TF1 organise la distribution de produits dérivés de la marque Ushuaïa, notamment des gels douche produits par L’Oréal, qui était absent de ce marché et y a vu une aubaine. Chaque année, par le biais de sa société Eole, Hulot perçoit des royalties sur les produits Ushuaïa, ce qui lui permet de se verser un revenu personnel d’environ 30.000 euros mensuels [10]. Sa Fondation reçoit par ailleurs des contributions d’entreprises comme Autoroutes du Sud de la France (ASF) et Bouygues Telecom, qui se rachètent une conscience écologique.

La nomination de Hulot au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire est un joli « coup » réalisé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Si l’intéressé s’est récemment déclaré contre l’aéroport de Notre Dame des Landes en Loire-Atlantique ou contre le développement de l’énergie nucléaire, ses convictions ne pèseront pas lourds face aux lobbies pour lesquels Macron déroule le tapis rouge. Ecologiste le plus médiatique de France, Nicolas Hulot s’apprête à avaler des couleuvres et défendre un gouvernement qui n’a, jamais, fait de l’écologie sa priorité.

 

Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité, la sexiste

Son secrétariat d’État symbolise, déjà, une première promesse non tenue par Emmanuel Macron. Ce dernier avait annoncé dans sa campagne vouloir un ministère pour les droits des femmes, et le gouvernement ne comptera finalement qu’une secrétaire d’État chargée de l’Égalité des femmes et des hommes. C’est donc Marlène Schiappa, soutien de la première heure de Macron, qui hérite du dossier.

Marlène_campagne_le_mans

Née à Paris, lycéenne dans le XVIème arrondissement, Schiappa a travaillé dans un cabinet de recrutement, puis à l’agence publicitaire Euro RSCG, dirigée par Jacques Séguéla – celui qui a déclaré qu’on n’avait réussi sa vie que si on avait une Rolex à 50 ans. Cadre puis dirigeante d’entreprise, elle a créé en 2008 « Maman travaille », qu’elle présente comme « le premier réseau de mères actives » et dont le blog est hébergé et diffusé par « Yahoo ! ». Schiappa se targue d’avoir créé un « lobby » féministe, actif vis-à-vis des députés, et d’avoir travaillé auprès de Carrefour, BNP Paribas ou de l’école parisienne des hautes études commerciales (HEC) [11].

C’est donc un féminisme bourgeois qu’elle pratique, et qui se fissure rapidement quand il s’agit de se conformer aux idées reçues et autres préjugés sur les femmes. Elle a ainsi publié « Osez l’amour des rondes » (La Musardine, 2010), épinglé par la blogueuse Daria Marx comme un ouvrage qui dépeint la femme ronde comme « à la fois dominatrice et castratrice, et maternelle » [12]. Ces femmes, à la fois « pleines », « affamées » et « de bonne humeur », « préfèrent passer leur temps à faire l’amour plutôt que de faire du sport en salle », selon Schiappa, qui leur déconseille de « manger des sandwichs » en public, ou de danser au risque d’ « incarner l’absence de maîtrise de soi ». Plus portée sur la fellation en raison de son appétit, la femme ronde ne doit surtout « pas prendre de dessert si personne d’autre n’en prend à sa table », ni « demander de doggy bag ». Cette accumulation de clichés sexistes, bien malvenus dans un manuel de la sexualité adressé aux femmes, représente ce qui peut se faire de pire au nom du féminisme. La nomination de Marlène Schiappa au gouvernement « n’augure rien de bon », selon Daria Marx. Mais ce n’est pas la première fois qu’elle travaille sous les ors de la République : en 2016, Schiappa travaillait déjà au cabinet de la ministre des Familles, Laurence Rossignol.

Nyssen, ministre de la Culture, l’héritière

Présentée comme une simple éditrice, Françoise Nyssen est avant tout une femme d’affaires, un poste pour lequel elle est récompensée en 1991 par le prix Veuve Clicquot. Elle suit en cela le chemin de ses parents, Hubert Nyssen et Christine Le Boeuf, descendante d’une riche famille d’hommes d’affaires. C’est Hubert qui fonde, après avoir créé l’une des agences publicitaires les plus prospères de Belgique, Actes Sud à Arles en 1978. Neuf ans plus tard, Françoise Nyssen devient associée et présidente du directoire de la maison d’éditions.

Françoise_NyssenContrairement aux apparences, Nyssen n’a jamais été une femme de lettres. Elle n’a jamais écrit ou participé à la rédaction d’une quelconque œuvre ; à peine a-t-elle dirigé la collection « Un endroit où aller » à partir de 1995, sous sa propre présidence. Nyssen est davantage intéressée par l’argent et l’antroposophie, une idéologie religieuse où il s’agit de « hisser sa conscience » jusqu’à percevoir « les mondes spirituels ». Elle fonde avec son mari l’école Domaine du possible en 2014 pour enseigner ces préceptes à une centaine d’élèves entre 3 et 16 ans. Pour s’inscrire une année dans son école privée et confessionnelle, il faut s’acquitter de 2.000 à 8.000 euros de frais d’inscription. Autant dire que l’accès aux « mondes spirituels » n’est pas pour tout le monde.

En devenant ministre de la Culture, Nyssen incarne la reproduction sociale, la commercialisation des arts et de l’éducation, la soumission de l’intelligence à des principes pseudo-alternatifs mais tout à fait adéquats avec l’ordre bourgeois. Après sa nomination, c’est son mari qui dirige désormais les éditions Actes Sud. Françoise Nyssen n’est qu’un exemple supplémentaire des liens entre politique et monde de l’argent, maintes fois exacerbées par les parcours des membres du gouvernement d’Emmanuel Macron, qui avait déjà déclaré dans la campagne que « la culture française n’existe pas ».

Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, le réactionnaire

Maintenant qu’il n’y a plus de ministère de la Fonction publique, il devient le patron des fonctionnaires. Lui, c’est Gérald Darmanin, maire de Tourcoing, 34 ans, déjà vieux routier de la politique. Scolarisé au lycée privé catholique des Francs-Bourgeois à Paris, diplômé de Sciences Po, il commence à militer pour la droite à 16 ans puis devient l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Jacques Toubon.

Gérald_DARMANIN

Au début des années 2000, il rejoint Christian Vanneste après sa condamnation pour ses propos sur l’homosexualité. Elu conseiller régional en 2010, il est directeur de cabinet de David Douillet au ministère des Sports, avant de devenir maire de Tourcoing en 2014 ; un an plus tôt, il avait prévenu que s’il devenait maire, il ne célébrerait « aucune union entre deux hommes ou deux femmes ». Proche de la Manif pour tous, ancien collaborateur au mensuel Politique magazine, organe de presse du mouvement d’extrême-droite Restauration nationale, Darmanin est profondément réactionnaire. Porte-parole de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier brigue la présidence de l’UMP, il se fait connaître début 2015 en déclarant que Christiane Taubira est « un tract ambulant pour le Front National », une déclaration félicitée par son patron.

Mais Darmanin n’est pas seulement réactionnaire, il est aussi opportuniste. Voyant le vent tourner, le 3 mars 2017, il renonce à soutenir le candidat Les Républicains François Fillon, happé médiatiquement par ses affaires d’emplois fictifs. Il construit dès lors des liens, dans l’ombre, avec Emmanuel Macron, sans appeler publiquement à voter pour lui. En tant que ministre de l’Action et des Comptes publics, il organisera une purge économique massive pour atteindre l’objectif de 125.000 suppressions de postes de fonctionnaires annoncé par Macron pendant la campagne présidentielle. Jeune et ambitieux, Darmanin s’opposera au sein du gouvernement à toute mesure progressiste, comme l’extension de la Procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes, mais il s’inscrit parfaitement dans l’idéologie libérale du chef de l’État. Et si d’aventure il quitterait le gouvernement, il pourrait reprendre ses fonctions dans le parti de droite : François Baroin s’est empressé d’annoncer, le lendemain de sa nomination, que Darmanin n’était pas formellement exclu du parti Les Républicains. Dans la France libérale et réactionnaire de 2017, le ministre de l’Action et des Comptes publics envoie un signal particulièrement nauséabond aux agents publics et à tous les progressistes.

Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, l’homme de guerre

Pour le renouvellement promis par Macron, il faudra repasser. Jean-Yves Le Drian est un vieux briscard de la politique, déjà dirigeant à la jeunesse étudiante chrétienne en mai 1968. Il rejoint le Parti Socialiste en mai 1974 après avoir entendu un discours de François Mitterrand à Rennes, puis devient maire de Lorient en 1981. En 1991, il est nommé secrétaire d’État à la Mer sous le gouvernement d’Edith Cresson, puis se fait élire comme député en 1997. Le 16 mai 2012, il devient ministre de la Défense, poste qu’il occupera tout au long du mandat de François Hollande.

Jean-Yves_Le_Drian_2011_cropped

C’est sous l’égide de Le Drian que la France part en guerre successivement au Mali, en Centrafrique, puis en Irak et en Syrie. En théorie pour des « opérations éclair » qui se sont salement enlisés au cours des années, en pratique pour la conservation de la main-mise des multinationales françaises sur les ressources naturelles de l’Afrique. Ainsi, c’est dans le Sahel, au Niger, que l’entreprise du secteur nucléaire Areva tire l’immense majorité de son uranium ; c’est pour conforter ces positions impérialistes que les armées françaises ont été déployées dans cette région.

En devenant ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Le Drian est le symbole de la militarisation de la diplomatie française. Autrefois portée sur le dialogue et la recherche de solutions politiques, l’action internationale de la France s’est transformée, notamment depuis l’adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) sous Nicolas Sarkozy, en machine de guerre. Les Français sont devenus les gendarmes de l’Afrique et les fidèles subordonnés de l’impérialisme étasunien. Sous son mandat au ministère de la Défense, Le Drian a privatisé une partie de l’armée et de ses équipements [13]. S’il en fait autant au Quai d’Orsay, il sera à nouveau félicité par la grande bourgeoisie et ses médias comme étant un « excellent » ministre, si ce n’est « le meilleur ».

La suite de cet article est en cours d’écriture. Des mises à jour auront lieu dans les prochaines heures.

B.D.

Références

1 : http://www.liberation.fr/france/2016/11/04/richard-ferrand-missionnaire-en-marche_1526377

2 : https://www.economie.gouv.fr/remise-rapport-sur-professions-reglementees

3 : https://lebilan.fr/2015/04/19/lideologie-de-la-honte/

4 : http://lebilan.fr/2017/05/10/ete-2017-ce-que-contient-la-bombe-macron/

5 : https://www.mediapart.fr/journal/france/070316/les-petits-arrangements-de-la-nouvelle-presidente-de-la-haute-autorite-de-sante?onglet=full

6 : http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/05/17/jean-michel-blanquer-un-specialiste-marque-a-droite-a-l-education-nationale_5129208_823448.html

7 : http://rucher-ecole-magnerolle.fr/vote-senat-tueurs-dabeilles/

8 : http://www.leparisien.fr/politique/gouvernement-jacques-mezard-ministre-de-l-agriculture-un-elu-radical-venu-du-cantal-17-05-2017-6957603.php

9 : http://www.pleinchamp.com/actualites-generales/actualites/patrick-escure-derriere-les-agriculteurs-ce-sont-des-familles-qui-souffrent

10 : http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20110413.OBS1249/la-marque-ushuaia-pour-les-bonnes-oeuvres-de-nicolas-hulot.html

11 : http://yahoo.mamantravaille.fr/marlene_schiappa/marl%C3%A8ne-schiappa-mon-parcours.html

12 : http://dariamarx.com/2011/02/20/osez-lamour-des-rondes-marlene-schiappa-la-musardine/

13 : https://lebilan.fr/2015/09/08/defense-linquietante-privatisation-de-larmee-est-amorcee/

Lien court de l’article, à partager : http://wp.me/p6haRE-yj

5 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *