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FN et État islamique, les deux faces d’une même médaille

L’attentat perpétré sur les Champs-Élysées jeudi soir est, semble-t-il, l’ultime événement précédant l’élection présidentielle, dont le premier tour a lieu ce dimanche 23 avril. L’État islamique a revendiqué l’acte barbare, dont la survenue pourrait pousser des centaines de milliers d’indécis à céder aux sirènes du Front National. Ce serait une grave erreur : le FN et Daech sont les deux aspects d’une politique d’extrême-droite, qu’il est de l’intérêt des travailleurs français de combattre. Voici pourquoi.


Par Benoit Delrue. Lien court : http://wp.me/p6haRE-xA
2 700 mots environ. Temps de lecture estimé : 15 minutes. HorlA2


Un policier tué, deux autres grièvement blessés : tel est le bilan de l’attentat survenu jeudi 20 avril au soir sur l’avenue des Champs-Élysées, à Paris. L’assaillant, qui faisait l’objet d’une enquête anti-terroriste, a été abattu. Outre l’inefficience totale de l’état d’urgence mis en place par François Hollande et ses ministres, cet acte barbare rapidement revendiqué par Daech met en lumière l’impérieuse nécessité de combattre le terrorisme. Ceux qui en parlent le plus ne sont, pour autant, pas nécessairement les plus éclairés. Si la thématique est largement abordée par le Front National, l’arrivée au pouvoir du parti d’extrême-droite ne ferait que renforcer l’organisation terroriste. Pour prendre le contre-pied des discours conservateurs et réactionnaires, nous vous proposons une étude comparative – non pas hasardeuse, mais rigoureuse – entre le FN et l’État islamique, deux faces d’une même médaille.

Le FN, l’extrême-droite française

Fondé en 1972 par des proches de l’Organisation armée secrète (OAS) et des admirateurs du Maréchal Pétain, le Front National n’a pas changé en quarante-cinq années d’existence. Fantasmant sur l’Histoire de la France et notamment son ancien empire colonial, combattant la présence d’immigrés africains sur le sol hexagonal, le FN se fait le chantre de la civilisation « blanche et chrétienne ». Derrière son discours positif sur la défense des travailleurs français, le parti des Le Pen est un farouche opposant aux organisations ouvrières historiques, à commencer par la Confédération générale du travail (CGT) et le Parti communiste français (PCF). Sans jamais les nommer, il soutient le capitalisme français et l’impérialisme tricolore à travers le monde. Loin de vouloir combattre les inégalités, le FN défend une « liberté » qui est avant tout celle des grands patrons, grands propriétaires des marchés financiers et des entreprises privées, en donnant sa bénédiction à l’exploitation sans limite et en cherchant à diviser avec acharnement les travailleurs de notre pays.

FrontNationalDepuis la prise de pouvoir de Marine Le Pen au sein du parti d’extrême-droite à l’occasion du congrès de Tours de janvier 2011, les grands médias ont opéré une « dédiabolisation » méthodique de la formation politique. Désormais invitée sur tous les plateaux télévisés ou radiophoniques, cette dernière développe sans obstacle son discours anti-immigrés davantage qu’anti-européen, anti-musulman davantage que laïc. Victorieux de bon nombre d’élections intermédiaires depuis les législatives de 2012, le Front National instaure, dans les municipalités qu’il dirige, la fin de la gratuité de la cantine scolaire pour les enfants des familles pauvres, et l’assèchement des subventions à destination des organisations caritatives comme le Secours populaire français (SPF). Tout en cherchant à présenter une façade propre, la PME des Le Pen se lie toujours d’amitié dans l’arrière-boutique avec des factions d’extrême-droite responsables, en Picardie, dans l’agglomération lilloise ou dans la région lyonnaise, de ratonnades et d’excursions punitives à l’encontre des immigrés, des homosexuels, des militants de gauche.

La violence est le moyen d’action privilégié par les militants frontistes sur le terrain, et le sera à l’échelle de l’État si d’aventure Marine Le Pen devient présidente de la République. Non content de la quinzaine de lois sécuritaires adoptées lors des trois derniers quinquennats, sous l’égide notamment de Nicolas Sarkozy et de Manuel Valls, le FN entend renforcer l’armement des policiers et mettre la justice au pas, que ce soit par la présomption de légitime défense des forces de l’ordre ayant commis un meurtre ou par l’impunité organisée en faveur des activistes d’extrême-droite. L’accession de Le Pen à l’Élysée créerait, dans le pays, une libération de la parole réactionnaire, raciste et xénophobe, remettant au cœur du débat national des propositions anciennes du FN, aujourd’hui commodément écartées pour raison électoraliste, comme le retour de la peine de mort. L’exclusion des musulmans de la sphère publique entraînerait une défiance vis-à-vis de l’ensemble des Arabes, et par extension de tous ceux n’étant pas « Français de souche ».

Le Front National porte en lui les germes du fascisme. Milices d’ « auto-défense » à l’encontre des habitants immigrés, dissolution des organisations progressistes, impunité pour les forces de l’ordre ouvertement racistes, pourraient faire un retour fracassant au cours du mandat de Marine Le Pen. L’idéologie du FN est, en cela, très proche de celle de Vichy, pour la patrie fantasmée de laquelle l’école publique enseignerait « l’amour », défense de la famille dont la bonne natalité justifierait les expulsions massives de migrants, pour le travail « libéré » des syndicats combatifs et des contraintes imposées par un siècle de combat ouvrier aux patrons dans l’organisation des conditions de travail. Feignant de la défendre, le parti d’extrême-droite est hostile à la laïcité et ses deux concepts édictés dans la loi de 1905 : la séparation de l’Église et de l’État, remise en cause par exemple avec la mise en place de crèches chrétiennes dans les mairies, et la liberté absolue de conscience dans la sphère privé comme dans l’espace public, qui ne sera plus garantie pour les fidèles à l’islam. Le fascisme ne sera plus seulement réhabilité dans l’Histoire, avec les sorties médiatiques des Le Pen père et fille sur les chambres à gaz et la rafle du Vel d’Hiv, mais aussi dans la vie quotidienne des Français. « Remettre la France en ordre », c’est mettre les travailleurs au pas dans un pays capitaliste réactionnaire où les « déviants » seront férocement traqués, punis et la révolte populaire, écrasée par le bras armé sécuritaire de l’État FN.

Daech, l’extrême-droite irako-syrienne

L’intervention étasunienne et le démantèlement de l’État irakien opéré par celle-ci sont les premiers responsables de la naissance de l’État islamique. Des cendres de la République laïque autrefois dirigée par le parti Baas de Saddam Hussein, les militaires américains ont porté au pouvoir un gouvernement ouvertement chiite, réactivant et attisant les fractures religieuses de la société irakienne. Face à ce pouvoir nouveau dans les années 2000, des milliers de musulmans sunnites ont manifesté pacifiquement – et leurs cortèges ont été réprimés dans le sang par les forces armées du pays. C’est de cette situation qu’est né Daech, dans le tumulte et les remous d’une guerre impérialiste.

C’est en 2006 que naît l’État islamique d’Irak, d’une coalition de six mouvements djihadistes activement engagés contre l’occupation américaine du pays arabe. Abou Bakr al-Baghdadi, qui a pris la tête de l’organisation en mai 2010, rebaptise son organisation Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) en avril 2013, après avoir conquis des territoires au nord-ouest de l’Irak et en vue d’une expansion territoriale sur l’est de la Syrie. Le 29 janvier 2014, premier jour du ramadan, al-Baghdadi annonce le rétablissement du califat, se proclamant lui-même calife et successeur de Mahomet. En dix ans, la guerre en Irak aura tué plus d’un million de femmes et d’hommes.

15840819774_b9646ba315_bDans les territoires contrôlés par l’État islamique, les premières victimes sont toujours les musulmans eux-mêmes. Chiites et sunnites modérés sont exterminés, leurs groupes sont balayés par une organisation qui allie l’ultra-rigorisme et les moyens de domination les plus modernes. Opposé aux organisations progressistes comme les syndicats ouvriers et les associations de solidarité, le mouvement djihadiste s’accommode du capitalisme, tout en puisant dans les ressources pétrolières et gazières une manne financière décisive. La collaboration de l’EI avec certaines multinationales, comme le français Lafarge, est désormais avérée. Pendant que les simples travailleurs sont soumis à la charia, avec des exécutions en public de femmes et d’hommes tentant de lui résister, Daech s’allie objectivement avec la noblesse et la bourgeoisie, non seulement des monarchies pétrolières du Golfe persique, mais aussi des puissances occidentales.

L’État islamique est une organisation fasciste. Sous son règne, les milices réactionnaires font la loi, les habitants sont invités à se faire justice eux-mêmes, le petit voleur aura sa main coupée, les femmes rendues coupables d’adultère seront exécutées par lapidation. Les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ne font qu’un, tous concentrés entre les mains d’une petite caste extrémiste au sommet d’un État à la hiérarchie pyramidale. L’éducation à la religion et au djihad remplace l’école publique et laïque, et tous ceux qui cherchent à résister sont massacrés. Très militarisée et surveillée, la société de Daech ne laisse aucune place aux opposants, aux petits délinquants, tout en laissant les combattants du régime commettre les pires exactions en toute impunité.

Si bon nombre de troupes de l’EI proviennent d’Europe et du Maghreb – les « mouhajiroun » – l’essentiel de ses forces provient des milieux radicaux d’Irak et de Syrie. Les dizaines de milliers d’hommes enrôlés au sein de l’État islamique sont des musulmans sunnites partisans de l’obscurantisme, opposés à la science et à la démocratie. Les syndicalistes, les militants progressistes, font partie des premiers à se faire exécuter ou à se retrouver dans les geôles. Les femmes, dans un système qui autorise la polygamie, sont réduites à l’état d’esclaves. En défendant l’islam le plus rigoriste, Daech se veut le protecteur de la civilisation arabo-musulmane, repliée sur elle-même et excluant de facto tous les infidèles et les traîtres. Dans sa guerre sainte, l’EI ne recule devant aucun crime pour conquérir et coloniser de nouvelles terres.

Les extrêmes-droites se nourrissent mutuellement

Le Front National et l’État islamique ne sont pas identiques. Le premier entend diriger une nation constituée depuis des siècles, là où le second dispose de frontières sans cesse remises en cause par la résistance irakienne et syrienne. Le premier promet d’ « apaiser » la France, tandis que le second ne cache pas qu’il propage les larmes et le sang au sein des populations occupées. Pour autant, ces deux organisations appartiennent à l’extrême-droite fascisante, comportent des similitudes troublantes et se renforcent l’un l’autre.

Au pouvoir, la violence est le moyen d’action privilégié de l’extrême-droite. Celle-ci met au pas les pouvoirs législatif et judiciaire en les soumettant au pouvoir exécutif dans un organigramme pyramidal où les grandes décisions sont prises en petit comité à la tête de l’État. Le FN et l’EI acceptent tous deux la domination du capital sur la société, où la grande bourgeoisie propriétaire se soustrait aux lois en vigueur pour le peuple travailleur. L’oppression due à l’exploitation capitaliste est couplée à celle d’un pouvoir politique entièrement tourné contre les militants et organisations progressistes. L’intolérance est au cœur du projet de ces formations, qui proposent chacune à leur façon un repli sur soi de la communauté religieuse nationale, vu comme la solution à l’immoralité et la dégénérescence du système en place. Enfin, les visées colonialistes du Front National vers l’Afrique et de l’État islamique vers le Moyen-Orient ont pour objectif d’asservir les peuples, plongés dans la misère économique et culturelle, divisés pour mieux régner.

FN_TRACTLe rejet, la haine du prochain font partie de l’ADN des formations d’extrême-droite, dont la politique xénophobe exclue tout individu ou groupe différent de la « norme » propre à chaque pays. La militarisation sans limite est la colonne vertébrale des organisations les plus réactionnaires, promouvant un renforcement sécuritaire à l’encontre des travailleurs. Comme Donald Trump, qu’elle admire, Marine Le Pen jure la main sur le cœur qu’elle cessera les interventions impérialistes en Afrique et en Orient, pour mieux les développer une fois portée au pouvoir. Dans l’analyse des conflits propre à l’extrême-droite, les aspects ethniques, raciaux, religieux sont exacerbés pour faire croire que les guerres impérialistes, en Libye, en Syrie ou en Palestine, se font sur des bases cultuelles là où elles sont, en réalité, commises pour le contrôle des ressources énergétiques, pour l’accroissement des profits d’une petite classe dominante. Les points de vue diffèrent, mais l’essence de la vision raciste des mouvements géopolitiques se retrouve tant chez le FN que chez l’EI. Le rejet de l’autre entraîne davantage le rejet inverse, et les patries sont accaparées par les seuls membres de la religion majoritaire.

Quand l’État islamique commet une nouvelle atrocité sur notre sol, c’est le Front National qui en sort renforcé dans la tête de nos concitoyens. Quand le FN est aux portes du pouvoir, l’événement politique dans l’hexagone justifie la guerre sainte menée par Daech au nom, usurpé, des fidèles à l’islam. En apparence, Marine Le Pen prétend combattre le « fondamentalisme islamique » ; en réalité, elle lui déroule le tapis rouge en cherchant à replier la communauté nationale sur la défense de la « race » blanche et des « valeurs » chrétiennes, prétexte pour l’EI de renforcer la lutte contre la République française. Apparemment opposés sur le devant de la scène, le FN et Daech se nourrissent mutuellement l’un de l’autre, et auraient du mal à prendre le pouvoir l’un sans l’autre. Les extrêmes-droites finissent toujours par se rejoindre, même chacun de son côté, pour établir des conflits ancrés dans le « choc de civilisation » théorisé par les proches de George W. Bush voici vingt ans. La « guerre contre le terrorisme », depuis chez nous, a pour pendant la lutte contre les infidèles, là-bas. Poussés à leur paroxysme, l’intolérance, l’exclusion, la violence deviennent le modus operandi de l’État fasciste. Les mouvements de droite extrémistes sont nés sous le capitalisme, par le capitalisme, pour le capitalisme.

Le combat populaire pour les éradiquer

La haine, le rejet, la violence et l’ignorance sont les mamelles du fascisme. C’est sur la misère intrinsèquement liée au système capitaliste que prospèrent les organisations d’extrême-droite. A ces replis nationaux, il faut opposer une analyse de classe, tant des conflits impérialistes que des guerres intestines ravageant les peuples à l’échelle des nations.

La solidarité, l’inclusion, le pacifisme et l’instruction sont les meilleures armes pour se défaire du fascisme. Seul un peuple éduqué, ouvert sur le monde, opposé à la colonisation sous toutes ses formes, peut combattre efficacement les organisations chauvines et xénophobes constituant l’ultime recours politique de la grande bourgeoisie industrielle et financière. C’est en combattant les politiques impérialistes dans l’hexagone que les travailleurs français aideront au mieux les populations subissant la guerre, faite au nom de la démocratie et des droits de l’homme, en réalité commise pour le contrôle des matières premières.

terror-1279135_1280C’est en prenant conscience d’elle-même que la classe ouvrière moderne, en France – celle qui travaille dans les bureaux, le commerce ou les usines – pourra se lever et tenir tête aux obscurantismes de tous bords. La solidarité de classe, dans le pays comme dans le monde, sera la meilleure réponse à ceux qui veulent nous diviser pour mieux régner, nous exploiter et nous opprimer pour faire prospérer la classe capitaliste. Le Front National et l’État islamique ne sont pas une fatalité : face à eux, la mobilisation populaire peut les faire reculer, et en définitive, les vaincre.

Aucun fascisme ne peut s’étendre indéfiniment. Il finit, toujours, par se confronter à la résistance opiniâtre et victorieuse des militants politiques, syndicaux, associatifs œuvrant pour remettre leur pays sur la voie du progrès social authentique. L’entreprise fasciste, en France comme au Moyen-Orient, finira par se briser contre le peuple qui vit de son travail et n’entend pas se laisser faire. Elle emploiera toujours la violence pour diviser et faire taire, pour prendre le pouvoir et le maintenir, mais l’union fraternelle des travailleurs peut les renvoyer dans les tombeaux de l’Histoire. Le chemin sera long et rude, cela étant, chacun d’entre nous peut apporter une pierre à l’édifice barrant la route aux obscurantismes dont le capitalisme s’accommode quand il est en danger. L’appropriation collective des institutions, la socialisation des moyens de production, la révolution sociale achèveront la bête immonde.

 

Le Front National porte en lui les germes du fascisme, dont l’État islamique produit un exemple éloquent. Repli sur la communauté religieuse et chauvinisme, guerre féroce contre les organisations progressistes, philosophies obscurantistes et violence sont dans l’ADN des formations d’extrême-droite. FN et EI sont les deux faces d’une même médaille faite de haine, de xénophobie, de racisme. L’agression et l’animosité composent le projet politique des plus réactionnaires, face à leurs programmes simplistes et destructeurs, les travailleurs de France et d’ailleurs peuvent relever la tête et les mettre en échec. Prospérant sur les ruines de l’impérialisme capitaliste, les formations fascistes ont aujourd’hui le vent en poupe, mais elles finiront pulvérisées par l’union et la solidarité internationale de la classe ouvrière. Le Front National et Daech sont des monstres qui se nourrissent mutuellement, et qui sont propulsés par les crises systémiques du capitalisme. Le progrès social auquel aspire l’humanité finira par les achever.

B.D.

 

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Un commentaire

  • CANUT

    Le « bilan » de votre monde est ahurissant de conn…, votre analyse sur le F-N et DAESCH est faite d’amalgames simplistes pour des cerveaux fragiles et creux…, c’est du grand n’importe quoi !

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