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Amphis surchargés, restrictions d’inscription : à l’Université, une rentrée « sous tension »

Hervé Christofol est secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement supérieur de la Fédération Syndicale Unitaire (Snesup-FSU). Son organisation est le syndicat majoritaire chez les enseignants de l’enseignement supérieur. Il est, par ailleurs, enseignant-chercheur en génie mécanique à l’ISTIA, l’école d’ingénieur de l’Université d’Angers.


Par Benoit Delrue. Lien court : http://wp.me/p6haRE-sG

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LE BILAN
: Dans quel état d’esprit s’engage cette rentrée universitaire 2015 ?

visageHC_LavalHervé ChristofolCette rentrée est sous tension. En effet la hausse des effectifs étudiants dans l’enseignement supérieur et plus particulièrement à l’Université s’accentue cette année et ce alors que le nombre d’agents dans l’enseignement supérieur ne cesse de diminuer. Depuis 2000, ce sont 25000 étudiants supplémentaires qui rejoignent les bancs des formations universitaires et cette année ils sont, selon les chiffres avancés par le Ministère, 45000 de plus que l’année dernière. Cette croissance représente l’équivalent d’une université par an et même deux universités cette année.

Dans le même temps, un audit de l’Assemblée Nationale, rapporte qu’entre 2006 et 2014, les effectifs de l’enseignement supérieur et de la recherche on été réduits de 7053 agents et même de 688 agents entre 2012 et 2014. C’est une productivité sans précédent qui est demandée aux agents et nombre d’entre eux sont en grande difficulté.

LE BILAN : Le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche stagne depuis trois ans, tandis que les universités connaissent une hausse démographique de leurs effectifs. De 6.100 euros en 2012, le budget moyen consacré par étudiant n’atteint plus que 5.900 euros. Comment vivez-vous cette situation sur le terrain ?

Hervé ChristofolEn effet « la sanctuarisation » du budget de l’ESR est en fait une baisse masquée depuis 3 ans se traduit dans les faits par des mesures d’austérité. De nombreuses augmentations des dépenses ne sont plus financées. C’est le cas de la non compensation des droit d’inscription des étudiants bousiers, de l’augmentation des effectifs, des progressions de carrière (Glissement Vieillesse Technicité ou GVT), des augmentations des coûts de l’énergie (+30%) et plus généralement de l’inflation, des mesures de revalorisation salariale des agents de catégorie B et C (rattrapage du SMIC), etc. De plus le gouvernement n’exécute pas toutes les mesures votées par le parlement (1 milliard d’euro de crédits de paiement du budget de la recherche n’ont pas été consommés en 2014) et les lois de finance rectificative utilisent le budget de l’ESR comme source d’ajustement de l’exécution du budget de la nation (-100 milions lui ont déjà été repris en 2015).

Les mesures d’austérité se traduisent au niveau pédagogique, au niveau de la recherche et et au niveau administratif. Au niveau pédagogique nous constatons des restrictions d’inscription en première année de licence, des amphis surchargés, des augmentations des tailles de groupe (des groupe de travaux dirigés (TD) à plus de 40 étudiants – et même 45 en Langues à Caen –, des groupes de TP en laboratoire de science à plus de 15 étudiants – 18 étudiants à Grenoble au mépris des règles de sécurité – et des fermetures de parcours de formation. Au niveau de la recherche, les sous-financements récurrents et la baisse des taux de réussite aux appels à projets (moins de 10% à l’Agence Nationale de la Recherche) empêchent les scientifiques de mener leurs travaux. Au niveau administratif, le sous encadrement génère une augmentation de la charge de travail et génère de la souffrance voire des pathologies.

LE BILAN : La situation budgétaire, qui suscite l’inquiétude jusque chez les présidents d’établissements, ferait planer la menace de fermetures de formations. Certains cursus sont-ils réellement voués à disparaître et si oui, lesquels ?

Hervé ChristofolC’est déjà la cas, dans le cadre d’économies budgétaires, plusieurs formations ou parcours de formation de Master à faibles effectifs ont été fermées. De plus dans le cas des regroupements d’établissements, des formations ont été regroupées sur un seul site régional. C’est par exemple le cas de la plupart des formations des enseignants après deux année de création et de mise en place des Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPE).

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LE BILAN : La précédente majorité, conduite par Nicolas Sarkozy, avait fait de la réforme de l’université une priorité, en faisant appliquer une loi structurelle (relative aux libertés et responsabilités de l’université, ou LRU) et tout un arsenal de mesures (plan campus, plan pour la réussite en licence, investissements d’excellence…). Ces réformes ont-elles un lien avec la pénurie budgétaire actuelle ?

Hervé ChristofolComme en Allemagne il y a une dizaine d’année, l’autonomie des universités a été un instrument pour déléguer la gestion de l’austérité aux directions des établissements ; obligeant celles-ci à ne pas pourvoir des postes ou à ne pas renouveler des CDD afin d’utiliser leur masse salariale pour faire face à l’augmentation des coûts de fonctionnement. C’est également un des impacts de la loi ESR de 2013 qui accentue et grave la loi LRU.

LE BILAN : François Hollande, en tant que candidat, avait fait de la jeunesse sa priorité. Arrivé au pouvoir, il a rapidement douché les espoirs de la communauté universitaire en refusant de revenir sur la politique menée par Sarkozy. Êtes-vous déçus ou vous attendiez-vous à ce que les difficultés des universités perdurent ?

Hervé ChristofolNous avions beaucoup d’espoir, car le président Nicolas Sarkozy avait déconsidéré les chercheurs lors de son discours de Grenoble et la loi LRU de Valérie Pécresse a profondément modifié nos métiers en remettant au cause la collégialité, en réduisant le poids des personnels dans les conseils d’administration et en augmentant les pouvoir des Présidents et directeurs d’établissements. Nous militions pour sont abrogation. Mais c’est le contraire qui s’est produit avec la Loi ESR de 2013, dite « loi Fioraso ». Avec les regroupements, dont le surcoût n’est à ce jour ni chiffré, ni reconnu, ce sont de nouvelles mesures d’austérité qui sont attendues et avec le passage de l’habilitation de chaque formation à l’accréditation des établissements nous passons d’une logique où le ministère devait donner les moyens aux établissements de faire fonctionner les formation qu’il avait habilité (et donc souvent reconnaître que des établissements étaient sous-dotés eu égard à leur activité) à une logique où se sont les établissements qui doivent adapter leur offre de formation aux moyens dont ils disposent !

LE BILAN : Le récent rapport de l’inspection générale des finances (IGF) préconise une augmentation lourde des frais d’inscription universitaire, passant de 184 euros en licence à 1.000 euros. Ce à quoi le secrétaire d’Etat Thierry Mandon a répliqué que « la hausse des droits de scolarité n’est pas la politique du gouvernement ». Le ministère est-il réellement opposé à une telle mesure ou fait-il preuve d’hypocrisie au vu de la politique qui est menée ?

Hervé ChristofolJe ne fais pas de procès d’intention. Je pense que le Ministre est sincère. Je salue sa position qui rejoint la notre. Cependant à travers les augmentation des droits d’inscription dans les écoles d’ingénieur (École des Mines et Écoles Centrales) et à travers le soutien continu à l’enseignement supérieur privé sous contrat, c’est bien à un double discours auquel nous assistons. Dans tous les états qui ont fait le choix de frais d’inscription élevés, c’est à une baisse des effectifs dans l’ESR que nous assistons. Cette politique s’oppose aux objectifs de notre pays de réussir la démocratisation de l’accès à l’ESR et d’amener 60% d’une classe d’âge à un diplôme de l’enseignement supérieur. Le diplôme et la meilleur protection contre le chômage des jeunes et l’augmentation de la qualification de nos concitoyens est une des conditions du développement économique, culturel et social de notre pays.

 

Entretien réalisé par Benoit Delrue

 

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Un commentaire

  • Breque jean charles

    Je trouve cela dommage de ne pas avoir intégré les étudiants dans cette article.
    Il me semble pourtant que ce sont bien eux les plus touchés et mobilisé sur la question.
    Pour tout information supplémentaire, vous trouverez le dossier de l’été de l’unef (syndicat des étudiants et première organisation de jeunesse en france) sur le site unef.fr

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