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Cannabis : la troublante vérité que la France refuse de voir

Les principaux acteurs du débat national esquivent, par commodité intellectuelle, toute enquête approfondie de son univers. Ses opposants les plus féroces, tenants d’une « tolérance zéro » à son égard, comme les fervents défenseurs de sa légalisation, préfèrent tomber dans la caricature. Rares sont les analyses sur la réalité sociale du cannabis, qui est pourtant révélatrice tant du produit lui-même que de la société dans laquelle nous vivons. Etant donnée l’ampleur de son usage dans notre pays et dans le monde, ou des réseaux qui la structurent, la marijuana vaut bien un article de fond.


Par Benoit Delrue.
5 300 mots environ. Temps de lecture estimé : 25 minutes. HorlA2


La France est la première consommatrice de cannabis en Europe. Le fait ne date pas d’hier, mais vient d’être à nouveau confirmé. L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), qui rendu public ce jeudi 4 juin son rapport annuel1, souligne plus que jamais la place particulière que prend le chanvre indien dans l’univers des drogues, et la place particulière occupée par l’hexagone dans ce domaine.

D’une part, le cannabis est, de très loin, le psychotrope illégal le plus consommé dans les pays européens, et concentre l’essentiel des moyens mis en œuvre contre les drogues illicites. Sur l’ensemble des infractions constatées liées aux stupéfiants, plus de 60% concernent la drogue verte ; plus impressionnant encore, elle représente 80% des saisies réalisées par les divers services de police de l’Union européenne. D’autre part, la France est, depuis les années 1990, en tête des usagers de cannabis. La substance, selon le même rapport 2015 de l’OEDT, a été essayée par 40,9% des Français de 15 à 64 ans, les plaçant loin devant leurs homologues danois, espagnols et néerlandais. Chez les tranches d’âge les plus jeunes, le phénomène est d’autant plus fort : 22,1% des 15 à 34 ans ont fumé un joint au cours des douze derniers mois, quand la moyenne européenne s’élève à 11,7%.

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Ces statistiques ne peuvent être exactes à 100%, mais sont issues d’un sérieux travail de recoupement de plusieurs enquêtes de fond. L’étude comparée que nous pouvons en tirer révèle, si besoin était, l’ampleur monumentale de la question de la marijuana, tout particulièrement en France. La problématique mérite de s’y attarder, mais force est de constater que la discussion dans notre pays tourne court, tant elle se résume à des postures caricaturales. Sans prétendre établir toutes les grandes vérités sur le sujet, notre article se concentrera sur le comportement des principaux acteurs du débat, notamment dans leur confortable esquive de la réalité sociale.

Le débat de sourds

Répression ou légalisation : la controverse sur le cannabis se résume à deux bataillons bien tranchés, où chacun campe sur ses positions. Cette polarisation n’est pas inintéressante ; elle est infiniment plus enrichissante qu’un quelconque unanimisme. Mais elle permet, à chaque parti du conflit d’idées, d’éviter soigneusement de procéder à l’analyse structurelle d’un phénomène dynamique. Tour d’horizon des positions.

Tolérance zéro, réflexion zéro

La volonté affichée par les dirigeants politiques, de tous bords ou presque, est claire et unanime : toute remise en question de la politique pénale à l’égard de la drogue verte est exclue. Et cela est d’autant plus vrai chez ceux qui sont au pouvoir.

Au Parti socialiste, le débat a animé une partie de la campagne des primaires2. La position officielle du parti, sous l’égide de Martine Aubry, n’était d’ailleurs pas contradictoire avec la contribution de l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant, demandant l’établissement d’une « filière de production et d’importation transparente sous le contrôle de l’Etat »3. Mais plus la perspective de gouverner approchait, et moins les dirigeants socialistes se sont prononcés pour une remise en cause des règles établies. Des six candidats à la candidature, seule la maire de Lille se déclarait favorable à la « dépénalisation », évitant soigneusement d’évoquer une véritable légalisation. Arnaud Montebourg rétorquait qu’il « n’avait pas envie que nous soyons dans un pays où il est autorisé d’utiliser des drogues, fussent-elles douces », tandis que pour Manuel Valls, « être de gauche c’est lutter contre toutes les dépendances possibles et la drogue, quelle qu’elle soit, est une dépendance ». Fidèle à lui-même François Hollande cherchait à tenir une position non tranchée, qui ne bouscule personne : « Il faudra changer de législation, oui. Est-ce qu’il faut maintenir l’interdit ? Je l’affirme. »

Depuis leur arrivée au pouvoir, les socialistes ne se sont pas risqués à remettre le débat sur la table. Seul le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, s’est dit étonné, le 14 octobre 2012, « du côté un peu retardataire de la France » sur ce « sujet majeur », affirmant sa position pour la « dépénalisation »4. La réaction fut sans appel : François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault l’ont immédiatement recadré, si sévèrement que le ministre leur a soumis sa démission5, sans qu’elle ne soit acceptée. Cécile Duflot, alors ministre du Logement et secrétaire nationale d’Europe-Ecologie les Verts, avait affirmé sa solidarité envers son collègue, avant que le sujet ne repasse au second plan. Depuis, le cas Peillon n’a pas fait d’émules : ni chez les socialistes, où Martine Aubry a récemment changé sa posture pour un soutien inconditionnel à l’action de François Hollande, ni même chez des Verts qui portent de plus en plus mal leur nom. Les députés écologistes ont bien déposé, en janvier 2014, une proposition de loi « autorisant l’usage contrôlé du cannabis », mais ils l’ont fait sans bruit, et ont relégué la problématique au dernier plan de leurs considérations. Placé et De Rugy militent activement pour leur entrée au gouvernement, et ne font aucune vague ; quand Duflot et Bayou, « aile gauche » d’EELV, concentrent toutes leurs critiques sur l’aspect « libéral » de la politique économique du gouvernement. Au Front de Gauche, notamment au Parti communiste français (PCF), les représentants se gardent bien d’affirmer une ligne précise sur le sujet, excluant dès lors la remise en question réelle de la politique pénale sur le chanvre indien.

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Moins emblématique, dans l’illustration de l’unanimisme politique, que l’évolution des postures à gauche, la ligne de la droite conservatrice est connue sur le sujet et ne souffre d’aucun millimètre d’écart. Au RPR, puis à l’UMP, enfin chez Les Républicains (LR), les représentants font dans la surenchère, demandant régulièrement à la gauche de « s’expliquer » dès lors qu’une voix propose de débattre du sujet. La position de la « tolérance zéro », mise en place par Nicolas Sarkozy, est confortée par l’ensemble des dirigeants LR actuels – d’autant plus qu’elle a été strictement appliquée par les ministres de l’Intérieur successifs, Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve. Le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde a cependant adopté une posture iconoclaste, se voulant plus libéral que conservateur, en s’affirmant pour la dépénalisation6. Mais cette position personnelle est loin d’être celle de son parti, dont les autres personnalités, comme Rama Yade7, mènent un réquisitoire catégorique contre le cannabis. Au Front National, où l’on exalte une nation et une jeunesse purifiées, la « tolérance zéro » est l’opinion immuable8, dans le sillage donc de Sarkozy et Valls.

Par ailleurs, il est utile de préciser que ceux qui se veulent les plus soucieux de la « santé des Français » sont généralement les plus fervents défenseurs des pratiques traditionnelles de notre pays, au premier rang desquelles, la consommation d’alcool. Ainsi, le gouvernement de Valls-la-vie-saine met en place la libéralisation de la licence IV, par le biais de la loi Macron. De nouveaux débits de boisson, autorisés à vendre les liquides aux degrés les plus élevés, pourront donc ouvrir aux quatre coins de la France avec bien plus de facilité.

Enthousiasme niais

Avec l’évolution des législations à l’étranger, tout particulièrement chez le « modèle » états-unien, les partisans d’un changement de politique à l’égard du cannabis se font davantage entendre. Néanmoins, face aux pouvoirs publics qui font bloc, et à leur extrême sensibilité sur le sujet, les défenseurs d’une intégration légale de la marijuana se sont habitués à des postures souvent négligentes.

En France, l’acteur historique de la promotion de la légalisation est le Collectif d’information et de recherche cannabique, fondé en octobre 1991. Plus connue sous le nom de Circ, cette association de « recherche » fait peu de cas des méthodes scientifiques dans sa défense inconditionnelle du chanvre indien et de sa molécule active, le tétra-hydro-cannabinol – le fameux THC. Sur la page de son site consacrée aux « propriétés médicales » de la marijuana9, le lecteur peut trouver pêle-mêle des descriptions de la composition chimique du produit, un exposé enthousiaste des effets ressentis après l’aspiration d’une bouffée, ou une longue liste des bénéfices pour la santé. Selon le Circ, le THC déborde de vertus pour celui qui en consomme, en plus de celles effectivement connues pour la stimulation de l’appétit et l’atténuation du glaucome : « réduit la douleur », « réduit l’anxiété », « réduit la nausée », « aide les asthmatiques à respirer », « lutte contre les radicaux libres responsables du vieillissement cellulaire », « 20 fois plus anti-inflammatoire que l’aspirine ».

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Arborant un clown hilare pour logo, et affichant en titre de page d’accueil « le cannabis, ce fléau qui fait rire », le Circ fait peu de cas des possibles effets négatifs de la substance pour la santé. Organisant depuis 1993 l’ « appel du 18 joint », une petite manifestation enfumée et enjouée pour la légalisation à Paris, l’association défend avant tout « l’usage récréatif », enjoignant tous les fumeurs à la rejoindre, mais s’appuie sur tous usages thérapeutiques pour défendre sa cause. Ses animateurs et auteurs déroulent sans mal leur discours, appuyés par la méconnaissance réelle des pouvoirs publics pour la drogue douce ; politiciens, officiers et juges confondant généralement le shit et la weed, l’indica et la sativa, le stone et le high, l’énorme buzz et le stick, le vapo et le bang, l’hélicoptère et la tulipe, et d’autres repères fleuris bien connus des adeptes. Bien sûr, le Circ n’est pas la seule association existant en France, d’autres existent en plus d’un nombre considérable de sites dédiés, tantôt humoristiques, tantôt pseudo-scientifiques ; tous sont déterminés à ne pas tarir d’éloges à l’égard de leur plante préférée.

Les défenseurs du chanvre indien ont reçu, fin 2014, un soutien de poids et totalement inattendu. Le Monde, le quotidien des élites par excellence, a signé le 19 décembre un éditorial intitulé simplement « Cannabis : pour la légalisation »10. Deux pleines pages sont ensuite consacrées aux « bénéfices objectifs » d’une telle mesure11, s’appuyant sur une étude économique produite par Terra Nova, le think-tank libéral de gauche. Partant du constat selon lequel « la politique de répression est en échec en France », des projections sont faites selon trois scénarios : la dépénalisation de l’usage, la légalisation dans un cadre concurrentiel – ce que font les Etats-Unis – et la légalisation par un monopole public de production et de vente – ce que fait l’Uruguay. C’est d’ailleurs, dans la conclusion de l’article, cette troisième option qui est présentée comme la plus avantageuse, tant en termes de recettes économiques pour l’Etat, estimées à 1,647 milliard d’euros annuels, que pour la politique de santé publique, avec une prévention renforcée.

Ayant le mérite de bousculer le débat national, les théories sur lesquelles l’étude se base sont toutefois pour le moins abstraites. Partant d’un prix actuel en circulation de 6 euros le gramme, quand il est bien plus élevé au détail, l’enquête considère que le gonflement rapide du nombre d’usagers quotidiens (de 10 à 70%) que provoquerait la légalisation ne serait, au final, pas un danger pour la santé des Français. Après cette publication, la droite demanda des « explications » au gouvernement, qui prît immédiatement ses distances, façon « not in my name ». Cette attitude guignolesque n’est pas une invitation, pour ceux qui défendent l’usage autorisé du cannabis, à la rigueur réflexive.

Troublante réalité sociale

Dans la discussion peu constructive, voire la relégation au dernier plan des préoccupations, dont le cannabis fait l’objet, chacun nie donc les aspects les plus négatifs de la réalité. Les disciples de la « tolérance zéro » s’obstinent à ne pas voir le gouffre béant entre l’intention affichée, la réduction du nombre de consommateurs, et le résultat constaté, l’usage de plus en plus répandu au sein de la population. Les partisans de la marijuana, généralement immodérés, se refusent quant à eux à considérer les risques réels de l’exposition prolongée du corps au THC. Nous allons donc sortir de ces postures simplistes et de cette polarisation, pour prendre en compte les aspects les moins traités du phénomène, malgré leur importance majeure.

L’omniprésence culturelle

Le quasi-unanimisme politique sur le cannabis présente un pendant tout à fait opposé, dans le monde artistique : l’omniprésence, voire la mise en valeur, de la fumette. Se voulant, tantôt reflets de la réalité, tantôt décomplexées ou humoristiques, les plus grosses productions ont intégré depuis longtemps l’usage du cannabis dans la constitution des personnages. Les films et séries voulant traiter sérieusement du sujet des drogues se concentrent sur les substances les plus « dures » : crack, méthamphétamine, héroïne. Le cannabis est, de fait, complètement banalisé ; même les productions au public le plus large, comme Plus belle la vie12, abordent le sujet avec légèreté. Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne : les stars du show-business sont particulièrement consommatrices, y compris celles adoubées par les adolescents, parfois même dans les cérémonies officielles13. Certains personnages, parmi les plus charismatiques de l’univers cinématographique récent, ne rechignent pas à fumer : le Dude14 des frères Coen ou le Gandalf de Peter Jackson, par exemple.

Un univers entier est consacré au cannabis, ou du moins à l’état d’esprit très « cool » qui lui est lié. Harold & Kumar15, How High16, That 70’s show17, En cloque mode d’emploi18, Jay & Bob contre-attaquent19, sont avec bien d’autres des œuvres emblématiques pour une partie considérable des jeunes générations. Souvent déjantées et absurdes, les mésaventures qui arrivent aux fumeurs à l’écran ne sont pleinement appréciées qu’avec un bon spliff. Ces films et séries s’inscrivent dans une production artistique plus large, que l’on retrouve notamment dans la musique (jazz, rock progressif, reggae, électro, rap20…), et destinée en premier lieu à la communauté des fumeurs de joints. Ces derniers se retrouvent, socialement, par des pratiques collectives et des gestes communs. L’apprentissage de l’acte de fumer ou de rouler, les jeux des devinettes ou des capitales pour faire tourner le pétard, les consommations plus originales comme la soufflette sont autant de comportements fondateurs sociologiquement ; par leurs propres habitudes, les adeptes nourrissent un attachement social à la consommation de cannabis. Au-delà de ce premier cercle de fumeurs réguliers, qui font d’ailleurs parfois découvrir leurs pratiques aux extérieurs en s’amusant de leur relative ignorance, il existe bien sûr un spectre plus large de consommateurs occasionnels qui reproduisent, peu ou prou, les pratiques des plus aguerris.

Outre ses déclinaisons artistiques et sociologiques, le phénomène culturel des fumeurs de ganja se développe par la facilité à se procurer le matériel nécessaire à la consommation – en dehors du produit lui-même, que nous verrons plus loin. Les meilleurs briquets pour effriter le haschich, les grinders pour moudre l’herbe et les douilles, à utiliser seules ou en bang, se trouvent chez tous les bons buralistes ; et il n’est pas un bureau de tabac, en France, qui ne vende des feuilles longues, des rouleaux de papiers ou des blunts aromatisés. Pour ceux qui souhaitent faire pousser eux-mêmes leurs plants de canna, les growshops se sont multipliés ces dernières années dans toutes les grandes villes, proposant l’équipement le plus efficace pour reproduire, dans son placard, les conditions climatiques des tropiques. Dès lors, l’hypocrisie des pouvoirs publics apparaît dans toute sa splendeur. La volonté affichée de mettre fin à la consommation de cannabis est sévèrement infirmée par le pullulement, dans le marché légal, des points de vente proposant tout ce qui est utile à la fumette – et qui, en dehors de la marijuana, devient franchement inutile. L’étude élémentaire du développement de ce marché apporte une double constatation : contrairement à ce qu’ils prétendent, les gouvernements et services de l’Etat ne mettent pas tout en œuvre pour freiner le phénomène, loin de là. Et les politiciens, directeurs publics et autres fonctionnaires d’Etat sont, et ce n’est pas vraiment une surprise, totalement assujettis aux intérêts économiques des grands capitalistes, par exemple Vincent Bolloré – le B de OCB.

Les dangers réels

Les études médicales les plus fournies, menées sans a priori par des chercheurs rigoureux, révèlent toutes les risques réels pour la santé que constitue l’usage répété ou continu du cannabis. Les fonctions cognitives, en premier lieu la mémoire, sont particulièrement affectées – d’autant plus lorsque le premier joint est fumé tôt21. Le cannabis entraîne une perte de motivation qui peut prendre des proportions majeures. Enfin, les risques d’entraîner des troubles de la personnalité chez ceux qui en consomment le plus, ou qui ont des prédispositions à ces perturbations, sont réels. Le tableau idyllique, peint par les plus fervents passionnés de la marijuana, est donc clairement démenti par les enquêtes scientifiques les plus conséquentes. Publiée en octobre dernier, l’étude du professeur Wayne Hall22 précise l’ensemble des conséquences et de leurs probabilités, suite à un travail réalisé auprès de fumeurs plus ou moins réguliers durant vingt ans, entre 1993 et 2013. Mais les risques pour la santé ne sont pas les seuls dangers inhérents à la consommation.

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La plupart des fumeurs réguliers y conviennent : se procurer du cannabis peut devenir une vraie galère. De multiples réseaux parallèles de production et de distribution existent, et aucune caractéristique spécifique ne saurait s’appliquer à tous ; cela dit, le prix au détail du cannabis a largement gonflé, passant en une quinzaine d’années de cinq à dix euros le gramme en moyenne. La France est dotée d’une production locale, organisée souvent par une poignée de particuliers, qui alimente une partie de la distribution et de la consommation ; la production étant limitée par les surfaces, forcément réduites pour échapper au regard de la police, les cercles de ventes qui en résultent sont restreints et réservés aux proches et aux plus initiés. Le gros de la vente en France provient, pour parti des Pays-Bas sous forme d’herbe, et essentiellement du Maroc sous forme de résine. Le transport et la vente des grandes quantités fumées en France sont organisés par les mafias ; ceci constitue sans aucun doute le plus grand de tous les marchés illégaux de l’hexagone, et fait vivre des milliers d’individus et de familles. Pris, à juste titre, pour un business juteux davantage que pour un service public, tous les moyens sont bons pour maximiser les profits. Les produits vendus, sous forme de weed ou de shit, sont donc régulièrement humidifiés et coupés pour en alourdir le poids, diminuant largement sa qualité, et provoquant parfois des dommages bien plus néfastes sur la santé que la seule fumée du cannabis consumé.

Néanmoins, contrairement à l’argument avancé par ses partisans, la légalisation ne règlerait rien au problème du crime organisé. Bien sûr, pour les consommateurs de cannabis, ce serait un soulagement de ne pas avoir à recourir aux vendeurs des réseaux où l’arnaque n’est jamais loin, ou de ne plus risquer de passer par de longues périodes de diète forcée en raison d’un tarissement de l’approvisionnement. Mais la réalité sociale des mafias dépasse largement la question du cannabis. Ce n’est pas parce que le chanvre est illégal qu’elles pullulent dans les banlieues, contrôlant même parfois certains quartiers ; les mafias existent avant tout par l’exclusion sociale, par la condition de privation d’emploi légal dans laquelle sont maintenues des millions de familles aujourd’hui. Naturellement, personne ne propose de transformer en fonctionnaires tous les revendeurs du cannabis, les conducteurs de go-fast et les piliers de halls d’entrée.mmj-667838_1280

La légalisation ne résoudra donc pas le premier des paradoxes du système capitaliste contemporain : alors qu’une poignée de milliardaires croule sous une fortune à la croissance ultra-rapide, dix millions de travailleurs sont au chômage. Il faut donc envisager toutes les conséquences réelles que prendrait l’adoption d’une telle mesure. Face à l’essor d’un marché légal, les mafias chercheront à concurrencer par deux moyens : proposer un prix plus bas ou des quantités plus élevées, en mettant une pression accrue sur un réseau déjà tendu où les bénéfices des petites mains sont les miettes des plus puissants ; ou proposer d’autres produits à la vente, qui pourraient devenir plus attractifs pour leur interdit devenu exclusif : cocaïne, ecstasy et bien d’autres opiacés ou créations chimiques. Ces produits présentent un risque pour la santé autrement plus important que le cannabis ; et exposeraient leurs vendeurs à un engagement plus grave encore. Loin d’ « apaiser les quartiers », la légalisation prise isolément, donc s’appliquant dans le système capitaliste actuel, telle qu’elle est défendue par les aficionados du chanvre, pourrait donc les plonger dans une atmosphère un peu plus infernale.

Haschich et classes sociales

Pour finir notre exposé d’une situation sociale méconnue, nous allons adjoindre aux phénomènes présentés un prisme social, une démarche qui est quasiment inexistante dans l’étude du cannabis, ou des drogues en général. Pourtant, les conditions d’existence – la famille, le lieu de vie, l’environnement scolaire, les repères, les possibilités – matricent largement le rapport des individus vis-à-vis de la marijuana. La consommation, les moyens de procuration, les habitudes sont profondément différentes selon le milieu social, dont la définition réelle repose moins sur des catégories toujours floues que sur des classes bien nettes. Pour rappel, Le Bilan distingue en France quatre grandes classes sociales fondées sur le rapport à la production. Elles sont la petite bourgeoisie (patrons d’entreprises modestes, professions libérales comme avocat ou médecin), la grande bourgeoisie (millionnaire ou milliardaire, propriétaire des grandes entreprises, vraie classe dominante), la classe intermédiaire (les dirigeants et cadres, dans le public ou le privé), et enfin la classe ouvrière (salariés exécutifs et privés d’emploi). Elles sont explicitées dans Le Jargon et leur prise en compte éclaire l’analyse sociale du cannabis.

Procuration différenciée

Le produit lui-même est un révélateur. Outre la géographie, avec un Nord majoritairement consommateur d’herbe et un Sud de haschich, c’est également la classe sociale qui conditionne ce que l’on fume. Les petits réseaux de production locale et de distribution, qui fournissent de l’herbe, sont l’apanage de passionnés et chercheront à proposer le meilleur produit. Ils s’organisent et bénéficient au sein d’un milieu relativement aisé : bourgeoisie, classe intermédiaire et couches supérieures de la classe ouvrière, car mettre en œuvre une production commerciale dans l’hexagone demande un petit capital à investir et d’être familier de la conduite d’une affaire. Généralement réalisée en intérieur, dans un entrepôt ou un vaste appartement, la culture demande des dizaines de lampes aux halogénures (MH) et à haute pression de sodium (HPS), très puissantes et coûteuses ; des systèmes perfectionnés d’arrosage et d’extraction d’air, pour trouver un équilibre entre humidité et chaleur ; une isolation conséquente, et beaucoup de temps de travail, parfois l’équivalent d’un temps plein, qui n’est pas nécessairement assuré par le propriétaire mais par un employé de circonstance. Une fois les kilos d’herbe produits, la revente se fait dans un réseau restreint, pour ne pas ébruiter l’affaire et parce que les quantités sont limitées, et n’auront pas de mal à trouver preneur.

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Si la production est plus grande, elle devient une véritable économie parallèle : elle demande plus de capital et plus de main d’œuvre. En réalité, les grandes productions sont toujours assurées par des milieux mafieux, au déploiement tentaculaire. Plus qu’une production locale, ils organisent depuis le Maroc ou les Pays-Bas un acheminement massif du produit, par cargos et camions, et inondent le marché français d’un produit dont la qualité importe peu. Les réseaux de vente se déclinent dans toutes les grandes villes, dans tous les quartiers populaires ; des dizaines de milliers d’individus, souvent jeunes voire adolescents, deviennent les petites mains d’un trafic gigantesque. Tous cherchent à en tirer le plus grand profit, pour une raison simple : c’est leur principale activité lucrative. Les mafias pullulent dans les zones d’exclusion sociale, dans les ghettos français du 21ème siècle, où se concentrent les millions de privés d’emplois, et où la pauvreté se répercute partout – sur la scolarité, sur les repères culturels, sur les comportements et sur l’horizon de chacun. Ce sont donc les couches inférieures de la classe ouvrière qui font vivre les réseaux mafieux, et ils les font vivre malgré eux : c’est le seul choix qui se propose au final à celui qui veut survivre financièrement et n’est pas disposé à quitter le quartier. Le mauvais shit est ensuite refourgué à tour de bras aux consommateurs de la classe ouvrière.

Bien sûr, des fumeurs peuvent opérer leur propre acheminement depuis les Pays-Bas ; le phénomène des visiteurs réguliers du pays des coffeeshops, hebdomadaires ou mensuels, est réel mais largement marginal. Survenir aux coûts engendrés par le transport, de plus en plus long avec les interdictions dans les contrées limitrophes de la Belgique de vendre du cannabis aux non-résidents, demande d’y mettre les moyens – la pratique est donc réservée aux actifs occupés et aux individus issus d’un milieu aisé. De même, beaucoup cultivent chez eux, dans un placard, de quoi satisfaire leur propre consommation. L’autoculture23, bien plus massive que l’approvisionnement en Hollande, reste largement minoritaire vis-à-vis des puissants réseaux de distribution et des quantités phénoménales consommées en France. Cette méthode, elle aussi, est réservée à ceux qui en ont les moyens : le souhait d’un produit de qualité, non coupé ou fortement concentré en THC, n’est exaucé qu’à condition de se procurer un matériel conséquent et de consacrer un temps quotidien à sa culture.

Consommations et conséquences

Les différences de classes vis-à-vis de la consommation sont autrement plus graves. L’utilisation du cannabis pour échapper à la réalité, moquée par les défenseurs de la plante comme une vision caricaturale, est bien réelle chez les salariés et privés d’emploi. La fatigue due aux cadences accrues de notre époque, le découragement face à l’exclusion ou au peu de possibilités d’évolution, la désillusion vis-à-vis de l’apport personnel à la société, en raison du caractère superflu de l’organisation de l’entreprise ou de la production elle-même, sont autant de motifs pour lesquels la consommation de cannabis devient un bon moyen d’évacuer le stress et l’épuisement mental. Plus généralement, l’addiction se fait beaucoup plus forte, devenant un piège agglutiné dans la vie quotidienne, au sein des consommateurs réguliers de la classe ouvrière. Plus il se met en place, conforté par les habitudes, plus il devient difficile d’en sortir – beaucoup de fumeurs quotidiens vous diront que l’addiction est presque nulle, et qu’ils pourraient en sortir facilement, mais ceux qui ont l’expérience réelle de la sortie définitive de l’usage savent qu’elle est autrement moins idéaliste et plus violente.

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Rares sont les études qui ont été menées sur la question, tant elle importe peu aux yeux des pouvoirs publics. Ce vide universitaire rend d’autant plus intéressante la thèse en santé publique consacrée aux « inégalités sociales dans les usages de drogues en France »24, menée par Stéphane Legleye – par ailleurs chef du Service des enquêtes et des sondages à l’Institut national des études démographes. A travers un long travail procédé selon des méthodologies minutieuses, elle révèle de grandes distinctions selon la classe sociale et l’usage du cannabis, entre autres produits. « Pour l’expérimentation jusqu’à 1-9 usages par mois, les enfants de tous les milieux sociaux étaient moins consommateurs de cannabis que les enfants des familles les plus aisées, à savoir celles des cadres et professions intellectuelles supérieures » ; à l’inverse, « pour les usages fréquents (10 usages au moins par an mais moins de 9 dans le mois, jusqu’à 20 et plus dans le mois), c’est l’observation contraire qui a été faite : les enfants des milieux les plus modestes apparaissaient nettement plus souvent consommateurs que les enfants de cadres ».

Le piège s’abat sur les pauvres

La réalité sociale du « l’usage problématique », c’est-à-dire « la consommation intensive ponctuelle » avec « au moins quatre joints fumés personnellement durant la dernière consommation », est encore plus probante. « Parmi les usagers durant l’année écoulée, plus les jeunes étaient de milieu modeste, plus ils apparaissaient avoir un usage important, qu’il s’agisse d’une consommation ponctuelle intensive ou d’un usage problématique ». Selon la thèse, le « milieu populaire », celui des salariés les plus modestes et des privés d’emploi, « laisse cohabiter deux groupes d’individus hétérogènes du point de vue du rapport au cannabis : d’un côté des jeunes réticents à expérimenter ou bien consommer même épisodiquement, de l’autre des jeunes qui franchissent plus facilement les étapes pour atteindre des usages très fréquents voire problématiques ». Tous les enfants de la classe ouvrière ne sont donc pas consommateurs ; mais ceux qui le sont deviennent beaucoup plus sujets à l’usage intensif, à l’addiction, et donc exposés aux dangers pour la santé – sur les fonctions cognitives notamment.

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Prendre en compte l’authentique réalité sociale du cannabis exige de différencier les rapports entre la « drogue douce » et l’individu, toujours plus brutaux chez les classes et couches sociales les plus exploitées. Nous pouvons mentionner, sans chercher à la traiter en profondeur, la double peine s’exerçant sur les consommateurs des milieux les plus populaires. Non seulement ils ont accès à un produit de moindre qualité, qu’ils consomment plus intensément et dont ils deviennent plus facilement dépendants ; mais en plus, ils s’exposent beaucoup plus à l’appareil répressif de l’Etat, qui se focalise sur eux et appliquent pour eux, beaucoup plus que pour les enfants de la bourgeoisie et des couches supérieures de la classe intermédiaire, une véritable « tolérance zéro ». La politique pénale sur le chanvre, telle qu’elle est définie et appliquée en France, fortifie férocement un ordre social hiérarchique entre les plus riches au pouvoir réel et les masses de dépourvus écrasés sous le rouleau compresseur économique et idéologique du système capitaliste. Les partisans de la légalisation, qu’ils soient issus d’une bourgeoisie appâtée par les gains substantiels de ce marché, ou de la communauté des consommateurs qui veulent « fumer tranquille », font en réalité peu de cas de cet ordre social. La mise en légalité du cannabis, si elle diminuerait la pression de l’Etat sur les consommateurs, renforcerait celle des mafias sur leurs employés. L’augmentation de l’usage fréquent qui en résulterait, selon toutes les projections compte tenu des repères culturels français, propagerait les conséquences désastreuses que le haschich et l’herbe ont sur des milliers de vies en déshérence, abandonnées par le marché légal du travail, trouvant dans la marijuana un réconfort immédiatement profitable et tragiquement éphémère.

Le cannabis est plus que jamais un phénomène de société majeur dans notre pays. Des millions de Français sont familiers du chanvre indien, et des centaines de milliers en consomment quotidiennement. Le fait cannabique demande de l’étudier, et de prendre un recul dont les principaux acteurs du débat national font confortablement l’économie. La marijuana fait beaucoup plus que de s’inscrire dans le contexte des inégalités sociales : elle renforce les antagonismes de classes, permettant aux plus riches une impunité certaine, plongeant les consommateurs et revendeurs de la classe ouvrière dans un piège dont il est toujours plus difficile de sortir. La politique pénale de la « tolérance zéro », défendue par les politiciens, aggrave le phénomène ; mais la légalisation en tant que telle ne résoudra que des aspects artificiels, comme les difficultés de procuration, en renforçant in fine la nocivité sur les sujets les plus modestes. Le développement récent des drogues, qui font l’objet d’une large production artistique légère et amusée, est particulièrement révélateur du système contemporain. Non seulement, les psychotropes de toutes sortes fascinent, mobilisent l’attention pour mieux la détourner des paradoxes majeurs de la société capitaliste ; mais, dans la grande économie de la séduction et du gaspillage telle que décrite par Michel Clouscard25, les stupéfiants prennent une place de choix. Quelle que soit sa position sur le sujet, la problématique de la marijuana comme des autres drogues doit être accompagnée d’une prise en compte de l’ensemble de sa réalité sociale, et d’une réflexion approfondie sur les méfaits de l’actuel régime économique – et ce, que l’on considère le cannabis comme foncièrement néfaste ou que l’on souhaite, au contraire, permettre à tous une pratique maîtrisée et apaisée de la défonce.

B.D.

Références :


1 : http://www.francetvinfo.fr/sante/drogue-addictions/quatre-graphiques-sur-la-consommation-de-drogues-en-europe_934453.html

2 : http://www.liberation.fr/societe/2012/10/15/cannabis-un-an-de-declarations-contradictoires-au-ps_853331

3 : http://www.parti-socialiste.fr/congres/contribution/thematique/cannabis-le-laxisme-cest-de-ne-rien-changer

4 : http://www.lepoint.fr/politique/vincent-peillon-relance-le-debat-sur-le-cannabis-15-10-2012-1516954_20.php

5 : http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20121017.OBS5958/cannabis-vincent-peillon-aurait-propose-sa-demission.html

6 : https://youtu.be/iK_74xyqt20?t=37m17s

7 : http://www.liberation.fr/politiques/2014/12/21/l-expose-fumeux-de-rama-yade-udi-sur-les-dangers-du-cannabis_1168459

8 : http://www.frontnational.com/2015/04/la-consommation-de-cannabis-explose-le-front-national-ne-veut-pas-dune-jeunesse-camee/

9 : http://www.circ-asso.net/index.php?action=art&id=177

10 : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/12/19/cannabis-pour-la-legalisation_4543734_3224.html

11 : http://www.lemonde.fr/sante/article/2014/12/19/les-benefices-objectifs-de-la-legalisation-du-cannabis_4543681_1651302.html

12 : https://www.youtube.com/watch?v=Q5iKRf3IPw4

13 : http://www.20minutes.fr/people/1248099-20131111-20131111-miley-cyrus-fume-joint-mtv-awards-amsterdam

14 : https://youtu.be/cd-go0oBF4Y

15 : https://youtu.be/cwP5E15VzRM

16 : https://youtu.be/iIDLVpuDB9s

17 : https://www.youtube.com/watch?v=sDTtshTge78

18 : https://www.youtube.com/watch?v=jd6jxXBzjjw

19 : http://www.dailymotion.com/video/x499it_jay-bob-contre-attaquent-bande-anno_shortfilms

20 : https://www.youtube.com/watch?v=Ehss2GykdJA

21 : http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/08/28/une-etude-souligne-les-effets-nefastes-du-cannabis-sur-le-cerveau-des-adolescents_1752093_1651302.html

22 : http://www.livescience.com/48171-marijuana-research-health-effects-review.html (EN)

23 : http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/p_autoculture.pdf

24 : http://www.ed-sante-publique.u-psud.fr/images/these_pdf/legleye2011.pdf

25 : http://blogs.mediapart.fr/edition/la-revue-du-projet/article/200614/le-capitalisme-selon-michel-clouscard-patrick-coulon

Lien court de l’article : http://wp.me/p6haRE-lw

23 commentaires

  • J’ai vraiment aimer l’article! beau travail d’analyse et de recherche j’ai les mêmes raisonnement je pense , a consommer mais avec modération .

  • HHH

    Article intéressant qui fait la part des choses. Personnellement je ne suis pas consommateur dû aux risques potentiels sur la santé (qui comme tu dit sont loin d’être chimérique). Je me trompe surement de débat mais l’Etat autorise des substances nocives pour la santé comme l’alcool et la cigarette, en effet l’un fait des ravages au niveau neuronale à hautes doses et l’autres est complètement cancérigène (modérément). Chaques personnes à le choix d’en consommé librement et sans réel modération tant que cela ne nuit pas aux bon vivres des autres citoyens.
    Alors pourquoi pas le cannabis ? Je pense qu’ interdire une consommation domestique semble opposé à la liberté individuelle si cher à nos politiques; alors vous me dirait qu’une consommation de cannabis à côté de ses enfants n’est pas concevable pourtant le tabagisme passif est très généralisé et ne pose pas tant de problèmes que ça aux gens.
    Tout sa pour dire que je suis défavorable à la consommation de drogue forte ou douce et même de tabac, mais je trouve que l’état fait preuve d’hypocrisie morales en autorisant le tabac (qui est d’ailleurs un bon moyen de rémunération pour eux …) alors qu’il refuse le débat autour du cannabis et de sa légalisation.
    Je finirai par dire que le cannabis semble détenir certaines vertus curatives contrairement au tabac qui cumule les effets néfastes.

  • Rose Gunter

    Je suis Rose Gunter de l’Allemagne, on m’a diagnostiqué de cancer du poumon il y a 6 mois, je craignais de chercher remède. je suis venu en contact avec l’email de Rick Simpson à Ricksimpsonmedicaloil@outlook.com, qui j’ai acheté 60 grammes d’huile de cannabis, 3 jours plus tard, l’huile a été livré à mon adresse de la maison. i pris selon la posologie prescrite par Rick Simpson. Dans les 7 jours i observé quelques changements et je le contacte à nouveau, il m’a conseillé de continuer pendant 8 semaines comme il prescrit, je l’ai fait, pas jusqu’à environ 7 semaines, je contacté mon Dr pour un test, je fus surpris d’entendre mon Dr dire je suis maintenant le cancer free.All grâce à Dieu et Rick Simpson qui a guéri mon cancer des poumons avec de l’huile de cannabis médical.

  • Chers compatriotes,
    Comme toujours, la question est mal posée et de manière incomplète : Le chanvre, hallucinogène complexe contenant plus de 200 alcaloïdes, à ne pas confondre avec les opiacés, la coca ou les drogues chimiques, ne peut se résumer au seul THC. Son danger : un pouvoir émancipateur que les classes dirigeantes n’ont aucun intérêt à légitimer. Ses bienfaits probablement multiples sont à classer au même rang que nombre de facteurs qui permirent durant des siècles l’existence d’une culture populaire autonome, non mercantile et responsable, antithèse de la monopolisation des richesses matérielles et intellectuelles. Soit dit en passant, son usage quasi-quotidien depuis 45 ans ne m’a pas rendu amnésique ni aboulique pas plus que détaché des questions politiques.
    Autrement dit, qui est légitimement en droit de contrôler la liberté et les limites de chacun : l’environnement proche ou l’état ?
    L’autorégulation locale (famille, amis, collègues, …) n’est-elle pas la solution ? Les classes dirigeantes en tous cas l’appliquent systématiquement pour leur plus grand profit. Encore faut-il la force, le courage et la volonté de se diriger individuellement et collectivement. Allez ! Je vous laisse rêver à un monde meilleur.

  • Rayne Fred

    Avant de penser à légaliser il faudrait déjà démocratiser l’utilisation médicale du cannabis ce qui permettrait à des millions de français ( dont moi ) de remplacer les médicaments traditionnels par du chanvre. Pour ma part je suis sous traitement antalgique lourd pour pb de cervicales et genoux vu qu’ils m’empêchent de dormir mon médecin à rajouter somnifères et anxiolytiques. Ces traitements sont supposés être prescrits pour de courtes durées 3 à 4 semaines je les ai en renouvelables sur 3 mois….
    Lors des périodes où je me sevre je fume un peu et 2 ou 3 joints suffisent à remplacer la dizaine de cagets quotidien sans compter les fois où je m’endors sur la route à cause de mon traitement… Alors pour moi il n’y a pas débat les médecins et l’état me donne le droit de me tuer sur la route et de subir de dangereux effets secondaires mais pas de me soigner moi même en faisant pousser ou d’aller me fournir en pharmacie de variétés contrôlées. Ça ressemble plus à de la mise en danger de la vie d’autrui qu’à de la prévention

  • Bonjour,

    J’ai du mal à saisir votre opinion sur le sujet de l’interdiction ou de la légalisation. Je résume votre article en deux points. D’un côté, vous dîtes que cela a de graves conséquences sur la santé des personnes qui en consomme en vous appuyant sur les études médicales. De l’autre, vous affirmez aussi que le cannabis piège les pauvres parce qu’il coûtent cher. Sur ce point cette situation est vraie. Mais vous ne proposez pas ce qu’il faut faire. Comment combattre ce fléau ?

  • Jean ga

    Très bon article qui mets en lumière certain aspects de notre société en relation avec le chanvre récréatif, néanmoins je pense qu’il aurait été bon d’aborder le sujet du lobby pharmaceutique en France qui pèse lourd contre toute forme de dépénalisation du cannabis au niveau médicale: le cannabis à usage thérapeutique leur fait peur car ils ne peuvent pas gérer le production et la distribution, ça pousse partout! L’interdiction de cette plante miraculeuse n’est pas anodine et est en relation direct avec de grand groupe français , Pernod-Ricard qui gère toute la distribution de boissons alcoolique en France compte bien garder son monopole et ne veut pas, si dépénalisation il y a, que les gens se défoncent plutôt que de se détruire le foie et le cerveau dans cette drogue légale plus dévastatrice que le THC.
    L’hypocrisie est flagrante et ne laissent planer aucun doute quant au pourquoi de la « tolérance zéro » mise en place par nos gouvernants et il n’est pas question ici de santé publique.

    • AlexM

      De bons commentaires très pertinents!

      Je rajouterais qu’il est lamentable que les politiciens censés travailler au bien commun sacrifient cette santé publique à la puissance de lobbies ou groupes financiers, et incompréhensible qu’un remède naturel soit rejeté alors qu’il a le potentiel de mieux soigner que la pharmacopée industrielle de nombreuses maladies très graves.

      Malheureusement, la propagande mensongère diabolisant le cannabis depuis plus de 50ans, additionnée des effets pervers visibles de la prohibition présentés injustement comme étant la raison de l’utilité de celle-ci (marché noir non contrôlé et primo-usage toujours plus jeune, par ex.) , sont encore imprimés dans les esprits comme des évidences qui excusent tout, même de priver des malades souffrant dans leur chair de soins existants plus efficaces!
      Cela n’est pas digne des Droits de l’Homme ni de pays se voulant civilisés… un peu de pragmatisme et de tolérance envers une substance dont la prohibition engendre infiniment plus de nuisances que son utilisation régulée.

  • Ils me font bien rigoler les moralisateurs qui associent drogues et déréalisation, abandon à l' »illusion »…
    Ils semblent oublier que dans une société traversée de toutes part par les lois du marché, du profit, et la soumission aveugle à des lois qui, objectivement, on toujours été faites par une minorité s’étant arrogée le pouvoir (et maintenant qu’on a une belle « démocratie », nous avons l’illusion qu’elle travaille pour nous car nous pouvons la « choisir »), la sobriété n’implique plus la « souveraineté » sur soi-même et sur sa propre vie pour tous depuis belle lurette…
    à moins, bien sur, de faire partie de la minorité dominante des privilégiés qui se permettent de prescrire des termes moraux aux autres, tout en étant pathétiquement aveugles vis-à-vis de leur propre situation, à savoir vendre l’illusion de la possibilité de la liberté aux moins fortunés, liberté qui ne serait qu’une question de volonté, n’ayant absolument rien à voir avec l’assujettissement économique, politique, culturel, voir sexuel qui concerne encore l’écrasante majorité de la population mondiale et qui m’empêche, malgré la parfaite autonomie de mon esprit, d’être réellement libre. Je n’ai pas la liberté de vivre dans un monde fait de mes lois, je n’ai la liberté de m’épanouir qu’en consommant tout ces produits qui ne répondent pas à des besoins réellement humains mais à des faux désirs entretenus seulement par la recherche du profit (c’est à dire du vol d’autrui), je ne peux pas détruire l’exploitation des moins fortunés que moi, et je peine même à élever leur niveau de conscience… DONC JE NE SUIS PAS LIBRE !
    « L’homme n’est vraiment libre que parmi les autres hommes également libres ; et comme il n’est libre qu’à titre d’humain, l’esclavage d’un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l’humanité, est la négation de la liberté de tous. » disait un de ses fiers défenseurs.
    Dans ce contexte (et j’admets que j’abrège, car j’ai tellement d’arguments que ça va vite devenir insupportable, surtout pour ceux qui face à ce genre de vérités ne pourront faire autrement qu’y opposer leur mauvaise foi), consommer une substance qui ne détruit pas le cerveau ni ne crée, à consommation raisonnable, d’addiction vraiment digne de ce nom, NE CHANGE PAS FONDAMENTALEMENT LA DONNE. On ne devient pas plus con en consommant du cannabis. Regardez Margaret Mead, Ernst Jünger, Walter Benjamin, et, en incluant d’autres drogues psychédéliques Aldous Huxley, Alexander Shulgin, Jean-Paul Sartre, et la liste est longue…
    Il faut responsabiliser les gens, encourager l’autoproduction, les circuits courts, et le partage des connaissances.
    Le vrai lavage de cerveau, d’ailleurs, consisterait à penser qu’il est NORMAL ET SOUHAITABLE de continuer la prohibition d’un produit dont le commerce concerne une partie énorme de nos classes populaires issues de l’immigration (qui d’ailleurs n’en devient pas tellement plus riche), et qui contribue, en criminalisant ces personnes, à les désocialiser, à les exclure, et à favoriser toutes formes de rejet d’autrui.
    La peur engendre la peur, cessez de vanter une liberté illusoire, car si je maîtrise le langage et sais exprimer mes idées, je ne me sens pas pour autant libre dans cette société (et la répression des drogues est loin d’être le symptôme le plus important), ce notamment en raison de l’aliénation des autres, qui eux ne peuvent bien souvent pas s’exprimer de la sorte ; et, si comme je le disais tout ce qui nous reste c’est le choix de notre illusion favorite, je préfère que cela soit une plante qui me permet de tolérer un peu mieux le niveau intellectuel affligeant de mes contemporains et modère mes envies d’agresser physiquement ceux qui s’opposent à moi… plutôt qu’un dieu d’or et d’argent ou la reconnaissance de gens méprisables, parmi eux ceux qui se croient libre et méprisent des masses qu’ils conçoivent comme nécessairement aveugles.
    Pauvre humanité qui s’excite sur les dangers et les plaisirs (c’est le nerf de la guerre, économique comme son époque) d’un produit consommé depuis des milliers d’années de manière médicinale, voire spirituelle, mais qui en soi n’est qu’un être vivant parmi tant d’autres, dont, généralement et historiquement parlant, nous avons toujours contrôle l’usage bien plus que lui nous a contrôlé…

    • Merci vilain drogué, très bien enoncé!
      Facebook?
      https://www.facebook.com/philippe.morel2

    • Cassandre

      Bonjour vilain drogué et merci pour votre témoignage.
      Il ne reflète cependant pas l’entière réalité.
      Vous exposez une liste de personnages célèbres à laquelle on peut ajouter Philip K.Dick, autre grand consommateur.
      Et qui faut-il le préciser, comme Aldous Huxley ne se contentait pas de consommer que du cannabis.
      Mais sommes-nous leur médecin, avons-nous connaissance de leur dossier médicale pour affirmer que leur consommation n’a eut aucun effet néfaste sur leur santé ?
      La réalité est qu’il y a de grands consommateurs qui s’en sortent et d’autres qui finissent au cimetière.
      Certains d’entre-eux développent des troubles mentaux et peuvent être pris de pulsions meurtrières.
      Ayant été témoin des deux mondes, la question qui se pose à mon sens est la suivante : au nom des bien portants peut-on sacrifier les autres ?
      Même question quant à la prostitution, où sévit aussi la drogue soit dit en passant.
      Bref, interdire ou légaliser n’empêche pas le danger, les risques comme celui de tomber malade.
      Alors quand il est question de santé publique et de sécurité, quelle prévention adopter ?
      La légalisation ne me semble pas être la meilleur solution, bien au contraire !
      Ce serait ouvrir une porte de Pandore, hors il est illusoire de penser justement que tous les Hommes sont raisonnables.
      Bien à vous,
      Cassandre

  • Al ext

    Article intéressant, mais pessimiste. Lorsqu’il dit qu’une légalisation du cannabis n’arrangerait en rien la situation du chômage et de la pauvreté en banlieue, il omet d’évoquer la piste de ces milliers d’emplois peu qualifiés et très bien payés que la légalisation a amené au Colorado, par exemple. Et qu’il faudrait privilégier les banlieues avec des règles intelligentes sur la production et le commerce de cannabis afin de créer des emplois principalement dans ces zones d’exclusion, ou aussi réaffecter l’argent provenant des taxes sur le commerce de cannabis dans le système scolaire et l’amélioration du bien être social des moins biens lotis.
    Cela en ferait sûrement plus pour retarder les usages problématiques du cannabis que l’actuelle « chasse aux sorcières ».

    La valeur thérapeutique du cannabis naturel est aussi occultée, et un peu dénigrée. Pourtant, celle ci est reconnue dans de nombreux pays, le Canada, Israël et la majeure partie des USA en tête. Les USA qui viennent seulement de reconnaitre officiellement que « le cannabis détruit les cellules cancéreuses », alors que jusque là il n’était question « que » de propriétés anti douleurs, anti inflammatoires, anti vomissements et améliorant le sommeil… Sans oublier la découverte assez récente de son incroyable efficacité contre les convulsion épileptiques résistantes…

    Bref, ce n’est pas rien. La prohibition a rendu la recherche impossible pendant si longtemps, et a diffusé de telles peurs (fondées principalement sur les dégâts que fait la prohibition mais qui sont attribués au cannabis), que l’on se détourne illogiquement d’une plante presque miraculeuse médicalement…

  • article vraiment interessant qui tente de prendre en compte l’ensemble de la problématique.

    Je terminerai seulement par… la drogue brise l’esprit révolutionnaire!

    • Au delà d’une certaine dose, peut-être. En deça, certainement pas! Bien au contraire, c’est sans nul doute la substance la plus subversive qui soit si tant est qu’on sache la pratiquer (i.e. qu’on ait été éduqué à sa pratique). Mais je parle évidemment ici du cannabis, pas des autres drogues, synthétiques, et du sac fourre-tout dans lesquelles on s’acharne à vouloir les cantonner.

  • RIOT

    Merci Serge pour ce commentaire si remarquablement rédigé auquel j’adhère totalement. La société ne se résume pas à l’alcôve feutrée du fumeur de cannabis, fût ce t-il entouré d’un petit groupe convivial et chaleureux. La société mérite qu’on prenne des risques ensemble pour la faire vivre au grand jour, pour partager un bien au profit du plus grand nombre. La paix chimérique du fumeur est éphémère, tyrannique et rabougrie… La vie a besoin d’espace, de soleil, de joies et de souffrances vécues et assumées, de celles là même qui ont offert les plus beaux poèmes.

  • Alexis Chanebau

    Les gars lisez !…  » Le chanvre (cannabis) : du rêve aux mille utilités… » (les solutions à la crise). En 292 pages et 270 illustrations, ce livre recense les multiples applications vitales de la plus écologique et polyvalente des plantes…le cannabis sativa (qui se fume aussi !)
    Le Cannabis Sativa est peut-être la moins dangereuse des drogues, mais surtout la plus utile :
    Production locale record de BIOMASSE (énergie verte renouvelable). BIOCARBURANTS (méthanol, éthanol et biodiesel). ALIMENTATION (la graine de chanvre est la plus nutritive des protéines végétales). BIO PLASTIQUE (cellulose de chanvre, 6 fois plus résistant et plus léger que l’acier). CONSTRUCTION, ISOLATION (béton végétal, remplace l’amiante ou la laine de verre). PAPIER 4 fois plus productif que le bois (anti-déforestation). Le chanvre produit 5 FOIS PLUS  D’OXYGÈNE qu’un arbre tropical. Phytoremédiation (captage record du CÉSIUM radioactif et des métaux lourds dans les sols pollués). Le chanvre c’était jadis 33% du TEXTILE avec la laine et le lin) mais 90% des VOILES et CORDES de marine (avant l’arrivée du nylon). Huile d’ÉCLAIRAGE. Bois de CHAUFFAGE (chènevotte). COSMÉTIQUE (huiles essentielles). MÉDECINE (2ème producteur de médicament avant l’arrivée de l’aspirine, lutte contre le cancer et de nombreuses autres maladies). Influences sur les RELIGIONS (Bouddhisme, Shintoîsme, Soufisme, Rastafarisme, Chrétienté, etc.)

    Le chanvre (cannabis sativa) produit deux fois plus de fibres que le coton, six fois plus que le lin et 3 fois plus de bio diesel que les autres plantes…

     Profitons de la MOTIVATION des millions d’usagers ou même des dealers qui semblent avoir la main verte, pour recréer une filière écologique et RESOCIALISÉE, créatrice de richesses, qui pourrait sauver nos campagnes et le CLIMAT de notre planète…
    Cette matière première, dédiée à l’homme, est peut-être notre dernière chance d’amorcer la renaissance et l’indépendance viable et populaire de nos campagnes ou des pays défavorisés …
    De plus, ceci affaiblirait grandement le rôle de la mafia et la criminalisation d’une grande partie de notre jeunesse (30% des 68 000 prisonniers français, le sont pour des affaires liées directement au cannabis)…au nom de la « paix sociale ».

    Pendant 200 ans, aux 17 et 18èmes siècles, aux États-Unis, les agriculteurs  pouvaient payer leurs impôts avec du chanvre (cannabis sativa ou indica).

  • Serge Meunier

    Bonjour
    Vaste question à l’échelle sociale et, notamment, d’un pays. Je suis triste de voir qu’en France la difficulté de vivre est ainsi gommée comme elle le fut finalement par la consommation d’alcool. On peut songer à la Fée Verte du 19eme aussi, où les poètes et artistes se donnaient pieds et poings liés à l’illusion – et l’illusion que l’on pourra sortir aisément de l’illusion !!! Que dire ? Ne vous bâillonnez pas vous-mêmes, ne vous emprisonnez pas comme ces « petits vieux » d’antan rivés au zinc du comptoir, gentiment échoués aux rives de leur impuissance. Et, en parlant d’impuissance, apprenez à quel point votre souveraineté est au contraire immense. Sachez les délices qu’elle promet, toujours s’accroissant, eux, car nourris de leur discipline. Faut-il, découvrant ses modalités et rencontrant ses expérimentateurs, se faire une idée de ce qu’est la maitrise de soi : tout, sauf l’infantilisme pervers de la facilité et l’irresponsabilité ! Autant qu’au creuset -social- à quoi tente de répondre le politique, l’euphorie bon marché pose en fait question au fors intérieur : citadelle ultime ici bafouée, sacrifiée. La question des euphorisants est celle de l’être

    • Sun Tzu

      Et l’ironie de l’Histoire, c’est qu’on voit aujourd’hui que la phobie de la «fée verte» était un fantasme bien entretenu par les producteurs de vin qui avaient bien poussé à l’interdiction de l’absinthe car celle-ci était devenue moins chère que le vin dans les bars prolétaires, vu que la société avait besoin d’un bouc-émissaire contre l’alcoolisme..

      Et avec un peu de chance, dans le futur, les gens se rendront compte que même la pire beuh n’est pas plus nocive que toute la bibine bon marché du genre pastaga ou vodka avec laquelle la population française se beurre joyeusement la tronche depuis des lustres.

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