Cet article a été consulté 560 fois

Royal Babies : L’opium du peuple 2.0

Il fut difficile d’y échapper, voire même quasi impossible. Surtout par la télévision, où les « chaînes à faire de l’info à la chaîne » évoquaient le sujet entre l’habituelle tribune au FN (la victime ostracisée des médias qui cumule des temps d’antenne records) et les images spectaculaires du séisme au Népal qui offrent la touche sensationnelle nécessaire à l’industrie de l’info-spectacle. Mais même Internet, souvent havre de paix pour ceux qui veulent échapper au flot télévisuel qui vise à « occuper le temps de cerveau disponible » par les réclames ou les slogans simplistes des vassaux du capital, n’a su échapper à la pandémie médiatique provoquée par le D-Day de ce que les médias nomment « le second Royal  Baby ». Contribution


Par Dylan Lecocq (contribution).
1 200 mots environ. Temps de lecture estimé : < 10 minutes. HorlA2


mariage

Selon le site Planetoscope, il y a 4,41 naissances dans le monde chaque seconde, soit 139 millions par an en 2014. Cela représente 380.822 nouveaux-nés par jour. Et parmi tous ces enfants, un tire plus de couverture médiatique à sa seule naissance que tous les autres réunis durant leur vie, qui sera incomparablement plus laborieuse et difficile que celle de la nouvelle coqueluche médiatique dont le mérite suprême aura été de sortir du « bon utérus ». La méritocratie tant vantée par les VRP du capital a de beaux jours devant elle. Vous avez tous vu ces images de gens attendant devant la porte de l’hôpital, les reportages en boucle sur la naissance du premier « Royal Baby », sur ces gens, Britanniques pour l’essentiel mais aussi des Français qui se pâment de joie en montrant fièrement leur collection de bibelots estampillés « Royal Baby », soignés comme des reliques.

borntorule

C’est là tout l’absurde de la situation : l’adoration inconditionnelle, quasiment dévote, d’un être qui n’aura dans sa vie qu’à vivre aux crochets des travailleurs de son pays. Dans un pays où l’éducation coûte un bras aux familles modestes, où la faim frappe durement les classes populaires, où le chômage est masqué par des emplois « 0 heures » qui sont de véritables arnaques faites aux travailleurs, vouer un culte quasi religieux à un individu qui vivra toute sa vie sur le dos de ceux qui s’échinent à survivre dans le pays natal de la pensée libérale économique est une absurdité. Et faire diffuser cette grande messe natale en mondovision accentue encore le risible de cette nouvelle religion 2.0 que sont les « Royal Babies ».

baby

Qu’entendre par « religion 2.0 » ? À la différence de la « religion 1.0 », que l’on connaît sous divers vocables comme « christianisme », « islam », « judaïsme », celle-ci n’a pas de temple physique. Elle s’adapte avec le progrès technique de son époque, ce ne sont pas les croyants qui se réunissent dans un lieu mais c’est la religion 2.0 qui s’immisce dans les foyers de chacun par tous les biais possibles, croyants ou pas croyants, avec sa hiérarchie ecclésiastique sobrement désignée avec des termes comme « journalistes », « éditorialistes », « envoyés spéciaux » ou encore des « correspondants » qui prêchent les nouvelles de leurs divinités à longueur de temps. Et aux reliques saintes conservées dans le temple on substitue les reliques à avoir chez soi, allant du mug « Royal Baby » au pot de chambre pour bébé estampillé « Royal Baby » en passant par le T-Shirt…pour le chien. Plus besoin de faire passer le panier pour la quête, les croyants courent l’amener d’eux-mêmes.

9261681457_69e2b4e46a_o

Karl Marx, dans Critique de la philosophie du droit de Hegel, dénonce la religion comme étant « l’opium du peuple ». On retrouve dans cette grande messe qui s’étale sur le monde le même effet lénifiant que celui de l’opium : endormir les consciences avec un récit digne d’un conte de fée (qui s’ajoute au conte de fée sans cesse matraqué dès qu’on parle de Kate Middleton, celui de la roturière devenue princesse, une Cendrillon qui porte des Louboutin à la place du chausson de vaire) pour ne pas montrer les inégalités qui se creusent chaque jour dans ce pays où 5 familles détiennent autant que 20% de la population. On qualifie souvent la monarchie britannique de « lien entre les habitants de Grande-Bretagne », on affirme que malgré les divergences de convictions politiques, de choix religieux, d’origine, de sexualité, la monarchie est le véritable liant de la nation britannique. Nous pouvons plutôt affirmer qu’elle est le lénifiant de la nation car elle tient à merveille son rôle d’endormir les classes en se projetant médiatiquement pour raconter leurs aventures dans un soap-opéra guimauve plus proche des Feux de l’amour que de Game of Thrones.

royalfamily

Distraire les travailleurs avec du strass et des paillettes, une touche de mièvrerie avec la naissance de petits héritiers qui vont faire fondre le cœur des ménagères non seulement à travers la Grande-Bretagne mais à travers le monde entier grâce la diffusion instantanée de l’information, faire passer les drames et tracas de ces nantis pour des événements essentiels dans la vie de ceux qui luttent jour après jour pour nourrir décemment leur famille, voilà la mission de cette fantastique mythologie monarchique qui se compose de personnages hauts en couleurs, afin d’en offrir à tous les goûts. Dans la religion 1.0, on a Jésus, Mahomet, Moïse ou autres joyeux lurons vivant des aventures et dispersant le lénifiant parfum des vérités assenées dans les Livres Sacrés. Dans la religion 2.0, on a la Reine aux multiples chapeaux (214ème fortune mondiale sans jamais avoir levé autre chose que la main pour faire coucou, ça aide à se faire une garde-robe), le prince Charles, le comique aux grandes oreilles qui attend la mort de la vieille Reine, la martyre Diana dont tous espèrent voir la réincarnation dans le « Royal Baby 2 », le couple modèle William-Kate qui préparent avec leurs héritiers la prochaine génération de la mythologie monarchique, la première totalement immergée dans le concept de « religion 2.0 », et ce depuis leur mariage ultramédiatisé, et Harry le pseudo-rebelle qui tient très peu de Promethée et plutôt pas mal du sale gosse pourri gâté trouvable dans beaucoup de familles bourgeoises.

Clipboard03

Pendant que le peuple souffre des affres d’une société inégalitaire taillée pour la minorité dominante « élue » par le capital, on lui fait respirer les volutes lénifiants de cet opium qu’est la mythologie monarchique. À quoi sert la monarchie à part à prétendre « lier le peuple » par la figure du souverain pour mieux l’endormir sur la misère rampante des réalités de la classe des travailleurs ? La grande messe médiatique bat son plein en Grande-Bretagne, et n’hésite plus à s’exporter à l’international pour faire respirer ses volutes soporifiques à d’autres âmes à qui l’ont veut faire oublier leur condition par un peu d’illusoire féerique, quelques strass et paillettes pour offrir de jolis contes de fée, et ce au plus grand bonheur de « l’élite du capital » et de l’ecclésiat médiatique. Pendant que l’on parle de « Royal Baby 2 », qui se soucie des suppressions d’emplois, des délocalisations ? Pourquoi parler du combat des ouvriers de Sambre et Meuse pour leurs emplois quand on peut interviewer la gentille mémère qui possède 45 bibelots estampillés « Royal Baby » ? Qu’importe que le peuple crève de faim, tant que les « Royal Babies » peuvent gambader à l’antenne pour distiller un peu de strass et de paillettes pour éblouir les damnés de la terre.

D.L.

contrib Une Contribution pour Le Bilan.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *